23/07/2008
Des traces que l'on laisse derrière soi.
Tous ces étés auront disparu dans les matins humides. Maintenant je le sais, le soleil efface toutes les traces, jusqu'à la mémoire des fontaines. Et puis, les saisons passent sur chacun de nous, sans un regard pour ce que nous sommes devenus. Peut-être aurions-nous eu une chance de gagner si nous avions eu vent de la règle du jeu? Je voudrais posséder l'antidote de la peur et du doute, ne rien laisser paraître de cet effroi qui glace mon sang.
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22/07/2008
De que l'on sait déjà et de ce que l'on croit savoir.
Quel Dieu t’a donc créé ?… Tu l’ignores ; tu ne veux ni savoir, ni ne pas savoir. Tu as dépouillé ta vie de tout projet. Celui qui sait dispose d’une connexion immédiate avec l’objet de sa recherche. Savoir, c’est être confronté à l’évidence que la connaissance est innée, possédée depuis toujours et non pas acquise au fil du temps, qu’il suffisait de la solliciter pour qu’elle surgisse là sans détours et que les mots qui serviront à la communiquer attendaient leur heure plongés dans ta salive. N’oublie jamais que tu es fait de la même substance que les étoiles [carbone, azote, oxygène, phosphore et silicium]. A une échelle différente des planètes et des astéroïdes, tu es toi aussi un objet cosmique. Voilà pourquoi la mémoire contenue dans tes particules élémentaires s’enrichit au fil du temps depuis des millions d’années. Il n’y a de véritable savoir que dans la réminiscence. Cela explique ton intime conviction d’avoir déjà vécu d’autres vies. Henri Laborit affirmait que plus personne n’ignore qu’Einstein s’est trompé [les scientifiques comme les poètes], mais voilà on continue à enseigner ses théories infondées à des générations de physiciens. Nul ne devrait se vanter de détenir la vérité sur nos origines. Il s’agit d’éviter de prendre des airs de prophète de malheur car le langage, dans son extrême précarité, ne permet pas la transmission fidèle d’une intuition. Celui qui sait a trouvé sans jamais chercher.
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21/07/2008
Des combats avec l'ange qui sont autant de défaites annoncées.
Qui de nous n'assassina, le plus souvent à son insu, deux ou trois anges? Qui jamais ne traversa sans frémir une forêt en feu ou une rivière en crue? Qui sait mieux que toi ce que tu ignores de ta propre vie et de ce que sera ta mort? Qui saura jamais ce que tu es si tu ne le sais pas toi-même ? Seras-tu autre chose que ce que tu as cru que tu étais? Passent des fées qui te hèlent, des soleils et des lunes qui te ressemblent. Ils te questionnent fébrilement: « Es-tu l'éternité? » Tu les déçois lorsque tu leur réponds que tu n'es l'éternité que pour toi-même et qu'ils doivent chercher la leur dans la grâce magique de leur existence. Là et uniquement là se trouve la réponse qui donnera corps à leur espérance. Car notre vie n'a de sens que dans la quête qui nous grandit. Il est parfaitement vraisemblable qu'un monde purement spirituel existe autour de nous et que nous vivions en lui sans nous en douter. Et puis, n'avais-tu pas senti cette force qui te vide la tête, cet air glacé qui te pousse dans le dos et cette lumière qui tue ta peur des ténèbres? Fais-moi le cadeau de choisir de marcher hors du commun des hommes et d'arpenter d'un pas vif la route qui mène autre part .
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20/07/2008
Des écrits vains emportés sans un cri par le vent.
L’écriture romanesque relève de la caisse enregistreuse, mais du modèle qui ne rend jamais la monnaie sur les grosses coupures. Je n’écris jamais assis à mon bureau mais plutôt allongé à la romaine sur un canapé ou sur mon lit, le dos calé par un oreiller. En guise de pupitre, j’utilise mes genoux. Cette posture ne me provoque ni ankylose ni engourdissement. Je suis moi-même étonné de la vitesse à laquelle je parviens à écrire dans cette position. J’utilise un stylo à plume « Nil Noir ». J’adore sa forme de havane demi-tasse, ses contours galbés et surtout sa plume souple et précise. L’instrument prolonge ma main à la perfection. Il ne freine jamais mon rythme d’écriture et mes mots peuvent glisser librement sur la page sans craindre de faux-pas.
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19/07/2008
De la fin et du commencement de toute chose.
Notre ciel, nous l'avons détruit, malgré l'humilité des pluies. Nous l'avons, ondée après ondée, vidé de ses silences précipités. Dans ces abîmes bleutés, ces idées d'éternité qui contiennent à la fois la fin et le commencement de toute chose, chaque jour possède le goût acide des vies inachevées. Nos terrains vagues, un peu de vert les désigne aux passants ordinaires, chaleur familière d'un corps aimé blottie contre le mirage d'un homme en fuite. Demeurer ici, dans le tumulte des jours de tempête, sourd aux chants des plages ensoleillées. L'espace a perdu ses apesanteurs et du même coup la réalité de ses frontières. Ce qui ne peut pas être mesuré perd pied. L'enfer loge dans la différence entre un gouffre profond et un puits sans fond.
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08/07/2008
Des vérités scientifiques et de leurs ordonnateurs peu scrupuleux.

La science pose ses propres limites, certitudes des plus incertaines, fleuves infranchissables. « Souvent la peur d’un mal nous conduit dans un pire ». Jusqu’à aujourd’hui seule l’intuition a su offrir un instrument d’investigation capable de détecter l’inimaginable. Cette machine de guerre pour intelligence en quête de connaissance s’attaque à la Physique comme à l’Astronomie, à la Médecine comme aux Mathématiques. Dans tous les domaines, la poésie a jeté des passerelles, a établi des interconnections. La mise au point de ces correspondances est une merveille de sagacité et d’intuition. Alors que le passé nous a légué le mode d’emploi de l’univers, la plupart des scientifiques haussent les épaules en présence de notions qu’ils jugent inopportunes leur préférant des modèles plus rassurants. Refuser les évidences, voilà l’attitude de ceux qui n’admettent pas qu’ils sont devenus amnésiques à force de chercher au mauvais endroit. Faites l’expérience de feuilleter un magazine paru il y a dix ans. Vous y verrez traiter des mêmes catastrophes dont personne n’a tiré la leçon, des mêmes problèmes de société non résolus qui font toujours les gros titres aujourd’hui. Que s’est-il passé entre temps ? Vous avez oublié ou plutôt votre cerveau a choisi de ne pas se souvenir, de sélectionner ce qu’il garderait en mémoire. Ainsi chaque individu, chaque groupe humain, chaque civilisation réinvente, reproduit ce qu’il aurait pu simplement s’approprier avec de la suite dans les idées et un peu d’humilité.
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23/02/2008
De nos chers disparus qui se demandent pourquoi nous ne leur parlons plus.
Pour tuer un mort à coup sûr, il suffit de le laisser reposer en paix, de ne plus jamais évoquer ce qu'il fut et, pire encore, de ne plus lui adresser la parole. Pourtant, ceux qui sont partis aspirent à continuer à vivre à travers nous. Ils désirent plus que tout au monde (l'autre) entendre encore et encore la voix de ceux qu'ils ont quittés à contre-coeur prononcer leur nom avec une émotion contenue et des regrets éternels. Les morts savent vivre et nos silences, ils le savent, ne sont que les antichambres de l'oubli. C'est l'une des étranges coutumes du deuil en Occident: faire table rase, vider les armoires, jeter les lettres et les photos, passer à autre chose et bien souvent à quelqu'un d'autre. Et puis, la Toussaint permet de se donner bonne conscience, un jour par an vite expédié, un pot de chrysanthèmes et l'on repart pour trois-cent-soixante-quatre jours de tranquillité, déculpabilisés. Alors, pensons à nos morts, aimons-les comme s'ils étaient toujours parmi nous, avec plus de force que lorsqu'ils étaient vivants, parlons-leur de ce qui nous les rend irremplaçables...
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29/01/2008
De l'esprit et de la matière l'un avec l'autre ou l'un sans l'autre.
« Nous n’avons jamais vu notre pensée, pourtant nous savons non seulement qu’elle existe mais qu’elle a le pouvoir de transformer la matière [1] ». Alors, à l’instant où nous mourons, que deviennent ces milliards d’influx électriques capables de concevoir des gratte-ciels ou des navettes spatiales ? Le seul fait de se voir privé d’oxygène à la suite d’une défaillance mécanique du véhicule terrestre qui les transportait d’un point de l’espace à un autre suffit-il à provoquer leur disparition irrémédiable ? Parce qu’ici-bas la pensée, autrement nommée intelligence ou imagination ou encore âme, a toujours eu pour terreau la matière, qu’elle s’en nourrit mais aussi qu’elle la façonne à sa main (ne dit-on pas que la volonté déplace les montagnes), pourquoi ne pas envisager qu’un esprit possédât la double faculté de s’incarner puis, lorsque le temps en est venu, de se désincarner ? Dans cette hypothèse, le corps habité, possédé, colonisé ne serait qu’une coquille d’œuf, un garde-manger, un abri destiné à favoriser l’épanouissement des facultés mentales. Evidemment, ce passage de relais d’un corps à un autre ne serait pas le simple transfert de la somme des pensées d’une existence humaine à une autre. Il est probable que beaucoup de pensées « fonctionnelles » s’effacent alors n'ayant plus d'utilité dans ce nouveau contexte. L'une des principales activités du cerveau n'est-elle pas de trier, d'éliminer, de recycler la plupart des souvenirs ou des apprentissages pour ne garder que l’essentiel? Dans la même logique, avant de reprendre pied dans un nouvel organisme, les pensées se seront déstructurées pour se mêler à d’autres dans une espèce de terreau commun selon de subtiles affinités électriques. « Pourquoi ne serait-ce pas dans ce plancton spirituel et universel que le génie humain puiserait de quoi se nourrir quand il quittera notre corps [2] ». Si l’immortalité vue par Maeterlinck est si troublante, c’est qu’elle ne semble plus contraire aux lois de l’univers telles que nous les connaissons. Ce serait un crime contre l’intelligence de rejeter sans l’avoir étudiée l’éventualité d’une certaine persistance de la conscience .
1 Devant Dieu, Maurice Maeterlinck
2 Id.
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Des grands principes presque tous faux, en principe...
Je reviens un instant encore sur un principe [car j'ai des principes], le principe d'Eternité. J'observe mes dissemblables, je les radiographie et une évidence s'impose à moi: ces êtres si imparfaits qui survivent le nez écrasé contre la vitre ont en eux un embryon de vie éternelle. En eux, certes, malgré eux, devrais-je dire, car la plupart de ces brouillons de titans s'emploient à ne rien laisser paraître de la survivance de pouvoirs anciens depuis longtemps laissés en déshérence. Pour être plus clair, lorsque je scrute un individu pris au hasard dans la foule, je refuse d'admettre que ce miracle de l'évolution construit à grand renfort d'apprentissages, même s'il gaspille quatre-vingt quinze pour cent de son potentiel, doive un jour disparaître et ne laisser comme vestiges qu'une vieille décapotable et quelques enfants adultérins. Le principe d'Eternité nie les évidences trop évidentes. Le ciel du jeu de marelle se gagne par la recherche de la clarté. En éclairant ses doutes de la lumière fulgurante des intuitions [que chacun a eues à un moment ou à un autre de son existence mais qu'il s'est empressé d'oublier, l'amnésie tuant plus sûrement que le cancer], l'homme de la rue se métamorphosera en demi-dieu.
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26/01/2008
De la lumière vivante des étoiles mortes.
Ce n'est plus un secret pour personne et encore moins pour les astronomes, être immortel c'est demeurer visible aux yeux de tous ceux qui naîtront après nous. Et je n'ai pas cité les astronomes en vain, eux qui scrutent l'intimité des galaxies afin de capter la lumière fossile d'astres morts depuis des milliards d'années. Car ce que l'homme voit dans son télescope ce n'est pas l'étoîle qui a explosé il y a des lustres mais le rayon de lumière que sa désagrégation a propagé dans le vide sidéral d'un univers en expansion. Ainsi, si nous admettons comme vérité fondatrice que la matière ne meurt jamais grâce à l'énergie qui s'en dégage, nous ne pourrons pas faire autrement que d'accepter l'idée que l'homme, comme tous les animaux, comme toutes les plantes et comme tous les minéraux, est immortel puisque l'énergie qui se perpétue au delà de la courte parenthèse de son existence permettra d'en conserver une trace à tout jamais. Pourquoi n'apprendrions-nous pas, un jour, à comprendre? Ce n'est pas parce que nous ne savons pas expliquer une réalité qu'elle n'existe pas ! Tout ne se mesure pas à l'aune du savoir humain.
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