05/07/2008

Des certitudes pas aussi certaines qu'il y paraît

1150984797_ac704a8bb9.jpgPrends la route en t'imposant trois caps: être, paraître, devenir. Trois étapes du même voyage que tu franchiras indifféremment dans l'ordre ou dans le désordre. Etre ce que l'on paraît, devenir ce que l'on est, paraître ce que l'on est devenu, tu conjugueras au temps qui te convient le mieux ton état [avec même la faculté d'être dans tous tes états]. Pas de hiérarchie ou de mise à l'écart: le paraître ne devra pas être montré du doigt, vilipendé. Il constitue un état avancé de l'être en mouvement. Pareillement, il te faudra accorder toutes tes attentions au devenir qui est, moins qu'il n'y paraît, une fin en soi car le chemin lui aussi fait partie du voyage [d'ailleurs, beaucoup considèrent que le but n'a pas d'importance et que seul compte le cheminement]. Tu pourras à l'envie associer "être" et "naître" ou opposer "paraître" et "disparaître". Ces rapprochements donneront du sens à ta quête: "être" peut aussi signifier "naître à soi-même" et "disparaître" avoir fini de céder au jeu des apparences. La naissance posée comme révélation et la mort comme mise-en-lumière. Deux franchissements si semblables du même gué. D'ailleurs le mot hébreu qui veut dire "créer" signifie textuellement "ordonner le chaos". La naissance et la mort ordonnent le chaos de la vie à venir ou de la vie qui s'achève. Pendant son agonie, le mourant revoit les grands moments de son existence. Ainsi, devant ses yeux défilent les visages aimés ou haïs et, tel un film qui se rembobine, les heures de gloire se mêlent aux pires moments de lâcheté. Pour bien appréhender la naissance, il est essentiel d'étendre cette notion aux premiers mois de la vie. L'enfant qui vient au monde, pour être reconnu, doit d'abord être connu: un nom et un prénom lui sont attribués. Sa naissance sera accomplie lorsqu'il aura conquis [par les premiers apprentissages: boire, manger, marcher, jouer, parler] les préceptes de son nouvel état. Par la "connaissance", le bébé est devenu "enfant d'homme" donc homme lui-même.

04/07/2008

Du noir, une couleur comme les autres.

133-3360_IMG768.gifC’était un peu avant la fin du siècle. Le noir tombait. La nuit vint vite. Bientôt, Il n’y eut plus rien à voir, plus rien à ressentir. A l'exception de la peur du noir. Nous marchions, seuls face à trente mille jours à accomplir. Il pleuvait du soleil sur les toits de la ville, Ce n’était pas encore l’automne. Qu’en sera-t-il des destins troubles, des fausses identités, des costumes suspendus dans les coulisses du théâtre de l’existence ? Le moindre de nos gestes continuera-t-il à hanter l’eau des miroirs ? La mémoire se rembobinera-t-elle lorsque nous sortirons à reculons de la chambre noire ? Bien des années après mon départ du monde de l’édition, j’ai conservé la même méthode pour prendre connaissance d’un livre. Je la tiens de Robert Laffont lui-même. Pour peser un manuscrit, il regardait rapidement le premier et le dernier chapitre « pour ne pas être tenté de se laisser emporter uniquement par le récit ». II jugeait qu’il pouvait alors faire une lecture plus critique du livre et en apprécier le style et la construction. Vin clair du crépuscule répandu sur les habits du dimanche, qui éclabousse les feuilles blanches du roman d’une vie laissée en plan. Un dieu a élu domicile chez moi. Il joue avec des dragons sans se soucier du feu qui ravage tout. Un dieu tient ce crayon à ma place. Il raconte une histoire où je ne suis que spectateur, le nez collé à la vitre, tenu en respect. Il raconte le déclin d’une puissante dynastie venue d’une terre proche de la nôtre. Un monde peuplé de magiciens et d’animaux fantastiques où chaque individu détient le pouvoir de créer et de détruire… Nous marcherons longtemps encore avant que nos jambes ne fléchissent. Puis, nous prendrons ce qu’il nous faut pour aller jusqu’au bout, une gourde d’eau fraîche et quelques figues.

23/02/2008

De nos chers disparus qui se demandent pourquoi nous ne leur parlons plus.

a2cb8d32829c921fc1985b8e3518ebff.jpegPour tuer un mort à coup sûr, il suffit de le laisser reposer en paix, de ne plus jamais évoquer ce qu'il fut et, pire encore, de ne plus lui adresser la parole. Pourtant, ceux qui sont partis aspirent à continuer à vivre à travers nous. Ils désirent plus que tout au monde (l'autre) entendre encore et encore la voix de ceux qu'ils ont quittés à contre-coeur prononcer leur nom avec une émotion contenue et des regrets éternels. Les morts savent vivre et nos silences, ils le savent, ne sont que les antichambres de l'oubli. C'est l'une des étranges coutumes du deuil en Occident: faire table rase, vider les armoires, jeter les lettres et les photos, passer à autre chose et bien souvent à quelqu'un d'autre. Et puis, la Toussaint permet de se donner bonne conscience, un jour par an vite expédié, un pot de chrysanthèmes et l'on repart pour trois-cent-soixante-quatre jours de tranquillité, déculpabilisés. Alors, pensons à nos morts, aimons-les comme s'ils étaient toujours parmi nous, avec plus de force que lorsqu'ils étaient vivants, parlons-leur de ce qui nous les rend irremplaçables...

29/01/2008

De l'esprit et de la matière l'un avec l'autre ou l'un sans l'autre.

« Nous n’avons jamais vu notre pensée, pourtant nous savons non seulement qu’elle existe mais qu’elle a le pouvoir de transformer la matière [1] ».  Alors, à l’instant où nous mourons, que deviennent ces milliards d’influx électriques  capables de concevoir des gratte-ciels ou des navettes spatiales ? Le seul fait de se voir  privé d’oxygène à la suite d’une défaillance mécanique du véhicule  terrestre qui les transportait d’un point de l’espace à un autre suffit-il à provoquer leur disparition irrémédiable ?  Parce qu’ici-bas la pensée, autrement nommée intelligence ou imagination ou encore âme,  a toujours eu pour terreau la matière, qu’elle s’en nourrit mais aussi qu’elle la façonne à sa main (ne dit-on pas que la volonté déplace les montagnes), pourquoi ne pas envisager qu’un esprit possédât la double faculté de s’incarner puis, lorsque le temps en est venu, de se désincarner ? Dans cette hypothèse, le corps habité, possédé, colonisé  ne serait qu’une coquille d’œuf, un garde-manger, un abri destiné à favoriser l’épanouissement des facultés mentales. Evidemment, ce passage de relais d’un corps à un autre ne serait pas le simple transfert de la somme des pensées d’une existence humaine à une autre. Il est probable que beaucoup de pensées « fonctionnelles »  s’effacent alors n'ayant plus d'utilité dans ce nouveau contexte. L'une des principales activités du cerveau n'est-elle pas de trier, d'éliminer, de recycler la plupart des souvenirs ou des apprentissages pour ne garder que l’essentiel? Dans la même logique, avant de reprendre pied dans un nouvel organisme, les pensées se seront déstructurées pour se mêler à d’autres dans une espèce de terreau commun selon de subtiles affinités électriques.  « Pourquoi ne serait-ce pas dans ce plancton spirituel et universel que le génie humain puiserait de quoi se nourrir quand il quittera notre corps [2] ». Si l’immortalité vue par Maeterlinck est si troublante, c’est qu’elle ne semble plus contraire aux lois de l’univers telles que nous les connaissons. Ce serait un crime contre l’intelligence de rejeter sans l’avoir étudiée l’éventualité d’une certaine persistance de la conscience .



1  Devant Dieu, Maurice Maeterlinck

2  Id.

Des grands principes presque tous faux, en principe...

298c0e9cb05aab804ffc3c41fe8ef9f6.jpgJe reviens un instant encore sur un principe [car j'ai des principes], le principe d'Eternité. J'observe mes dissemblables, je les radiographie et une évidence s'impose à moi: ces êtres si imparfaits qui survivent le nez écrasé contre la vitre ont en eux un embryon de vie éternelle. En eux, certes, malgré eux, devrais-je dire, car la plupart de ces brouillons de titans s'emploient à ne rien laisser paraître de la survivance de pouvoirs anciens depuis longtemps laissés en déshérence. Pour être plus clair, lorsque je scrute un individu pris au hasard dans la foule, je refuse d'admettre que ce miracle de l'évolution construit à grand renfort d'apprentissages, même s'il gaspille quatre-vingt quinze pour cent de son potentiel, doive un jour disparaître et ne laisser comme vestiges qu'une vieille décapotable et quelques enfants adultérins. Le principe d'Eternité nie les évidences trop évidentes. Le ciel du jeu de marelle se gagne par la recherche de la clarté. En éclairant ses doutes de la lumière fulgurante des intuitions [que chacun a eues à un moment ou à un autre de son existence mais qu'il s'est empressé d'oublier, l'amnésie tuant plus sûrement que le cancer], l'homme de la rue se métamorphosera en demi-dieu.

26/01/2008

De la lumière vivante des étoiles mortes.

051149cf8dd968c8bdfa15db23f9ea5a.pngCe n'est plus un secret pour personne et encore moins pour les astronomes, être immortel c'est demeurer visible aux yeux de tous ceux qui naîtront après nous. Et je n'ai pas cité les astronomes en vain, eux qui scrutent l'intimité des galaxies afin de capter la lumière fossile d'astres morts depuis des milliards d'années. Car ce que l'homme voit dans son télescope ce n'est pas l'étoîle qui a explosé il y a des lustres mais le rayon de lumière que sa désagrégation a propagé dans le vide sidéral d'un univers en expansion. Ainsi, si nous admettons comme vérité fondatrice que la matière ne meurt jamais grâce à l'énergie qui s'en dégage, nous ne pourrons pas faire autrement que d'accepter l'idée que l'homme, comme tous les animaux, comme toutes les plantes et comme tous les minéraux, est immortel puisque l'énergie qui se perpétue au delà de la courte parenthèse de son existence permettra d'en conserver une trace à tout jamais. Pourquoi n'apprendrions-nous pas, un jour, à comprendre? Ce n'est pas parce que nous ne savons pas expliquer une réalité qu'elle n'existe pas ! Tout ne se mesure pas à l'aune du savoir humain.

 

12/12/2007

Des états hypnotiques et de ceux qui n'arrivent plus à rentrer chez eux.

6ff80b1732fe54578a7ccd138f1a04f4.pngJ'observe mes compagnons d'infortune qui arpentent nerveusement les trottoirs de la ville. Ils ont presque tous en commun un visage inexpressif et un regard proche de l'hébétude. Aux mêmes heures du jour et de la nuit qui tombe tôt en cette saison, je les retrouve affairés à se rendre qui à l'école pour se débarrasser d'enfants illégitimes qui à l'usine pour boucher les trous de son compte en banque qui à son bureau pour faire de la figuration dans un mauvais film mais tous comme en état de choc, happés par une réalité ne laissant aucune place ni au rêve ni à l'imagination ni au hasard. Pas plus éveillé qu'eux, je tente d'échapper au sort jeté par une fée malveillante en m'asseyant à une table de Café. En tournant ma cuillère dans la tasse je pose l'équation dans mon carnet à spirale:  L'être humain est-il capable de se soustraire à la sensation de ses cinq sens physiques et à l'asservissement neurologique au monde extérieur? Que faire pour se libérer durablement de l'état d'hypnose dans lequel nous plonge une vaine fascination pour des décors en carton-pâte?

 

10/12/2007

Du cap de désespérance et de ceux qui le franchissent plein d'espoir.

769cdb28fde2c45b1e44f91e27d47f45.jpgNous sommes tous immortels, que nous le voulions ou non. Que vaudrait une vie qui serait vécue sans cette certitude? Et puis que risquons-nous à choisir un tel principe comme  socle de tous les actes que nous allons accomplir durant le reste de notre existence? Certains se battent pour gagner des médailles en chocolat, d'autres se laissent éblouir par  ce qui brille mais si peu d'entre nous osent se regarder VRAIMENT dans la glace, de peur sans doute de croiser leur propre vérité, de voir leur âme surgir du blanc de leurs yeux, moins surprise de sortir ainsi, en pleine lumière, que d'être enfin devenue visible pour un propriétaire jusque là frappé de cécité.  Mais quel homme ordinaire, tiré du troupeau qui se presse dans les centres commerciaux le samedi, trouvera les ressources nécessaires pour s'extraire de sa condition? A quelle élite est réservée  l'élévation morale propice au jaillissement de  l'illumination intellectuelle qui donne le sentiment d'immortalité? Peut-être n'est-ce que la peur de la mort, la hantise du néant ou plus prosaïquement la  volonté de laisser une trace derrière soi.  Mais, lorsque cette illumination éclaire votre nuit, une autre certitude vous saisit: vous ne pourrez plus considérer  l'univers que vous habitez comme une mécanique froide car vous savez désormais que l'univers vous habite également,  présence vivante dans laquelle votre temps individuel se perd, continuité où il n'y a plus de  début ni de fin. Mais ceci est une autre histoire que je vous conterai une autre fois...

 

 

05/12/2007

Du rififi dans les salsifis

fae7efd866306c3e2717de9f73b9bf77.jpgDes pages se tournent, des livres se ferment, des bibliothèques s'enflamment, des villes sont saccagées, des pays basculent dans le vide, des continents dérivent, des océans finissent par s'assécher, des planètes meurent, des étoîles s'éteignent, des galaxies sont englouties par des trous noirs, alors que reste-t-il de nos haines quand on n'a plus l'amour pour éponger nos dettes de roulette russe?

01/11/2007

De ce dont on se souvient lorsqu'on a tout oublié.

4c956ce5220802752cd8dbf0cac0da2b.jpgSi vous pouviez passer une nuit dans le parfait bonheur mais que par la suite, vous deviez en perdre tout souvenir, tenteriez-vous l'expérience? Sinon, pourquoi? (extrait du Livre des questions de Gregory Stock)

Pourquoi pas car,  même si l'esprit ne se souvient plus, le corps garde en mémoire l'empreinte de ce qui nous a fait du bien: un frisson incontrôlable, une émotion qui monte dans la gorge, voilà les stigmates d'instants de parfait bonheur dont nous ne retrouverons jamais la cause dans notre mémoire temporelle.

Quelle est la plus grande réalisation de votre vie? (Id.)

C'est dans le domaine des mots que ce que j'ai créé pourrait le plus se rapprocher d'une oeuvre. Mais mon dilettantisme chronique me fait douter de la démarche elle-même qui me pousse à écrire depuis mon plus jeune âge: j'avais douze ans lorsque j'ai rédigé ma première nouvelle, trois pages écrites d'un seul jet presque sans ratures. Mais quelle importance accorder à des phrases mises bout à bout sans but véritable? Il est difficile d'avoir soi-même assez de recul  pour hiérarchiser ses actes pour en extraire les plus significatifs et les mettre en exergue.