22/07/2008
De que l'on sait déjà et de ce que l'on croit savoir.
Quel Dieu t’a donc créé ?… Tu l’ignores ; tu ne veux ni savoir, ni ne pas savoir. Tu as dépouillé ta vie de tout projet. Celui qui sait dispose d’une connexion immédiate avec l’objet de sa recherche. Savoir, c’est être confronté à l’évidence que la connaissance est innée, possédée depuis toujours et non pas acquise au fil du temps, qu’il suffisait de la solliciter pour qu’elle surgisse là sans détours et que les mots qui serviront à la communiquer attendaient leur heure plongés dans ta salive. N’oublie jamais que tu es fait de la même substance que les étoiles [carbone, azote, oxygène, phosphore et silicium]. A une échelle différente des planètes et des astéroïdes, tu es toi aussi un objet cosmique. Voilà pourquoi la mémoire contenue dans tes particules élémentaires s’enrichit au fil du temps depuis des millions d’années. Il n’y a de véritable savoir que dans la réminiscence. Cela explique ton intime conviction d’avoir déjà vécu d’autres vies. Henri Laborit affirmait que plus personne n’ignore qu’Einstein s’est trompé [les scientifiques comme les poètes], mais voilà on continue à enseigner ses théories infondées à des générations de physiciens. Nul ne devrait se vanter de détenir la vérité sur nos origines. Il s’agit d’éviter de prendre des airs de prophète de malheur car le langage, dans son extrême précarité, ne permet pas la transmission fidèle d’une intuition. Celui qui sait a trouvé sans jamais chercher.
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21/07/2008
Des combats avec l'ange qui sont autant de défaites annoncées.
Qui de nous n'assassina, le plus souvent à son insu, deux ou trois anges? Qui jamais ne traversa sans frémir une forêt en feu ou une rivière en crue? Qui sait mieux que toi ce que tu ignores de ta propre vie et de ce que sera ta mort? Qui saura jamais ce que tu es si tu ne le sais pas toi-même ? Seras-tu autre chose que ce que tu as cru que tu étais? Passent des fées qui te hèlent, des soleils et des lunes qui te ressemblent. Ils te questionnent fébrilement: « Es-tu l'éternité? » Tu les déçois lorsque tu leur réponds que tu n'es l'éternité que pour toi-même et qu'ils doivent chercher la leur dans la grâce magique de leur existence. Là et uniquement là se trouve la réponse qui donnera corps à leur espérance. Car notre vie n'a de sens que dans la quête qui nous grandit. Il est parfaitement vraisemblable qu'un monde purement spirituel existe autour de nous et que nous vivions en lui sans nous en douter. Et puis, n'avais-tu pas senti cette force qui te vide la tête, cet air glacé qui te pousse dans le dos et cette lumière qui tue ta peur des ténèbres? Fais-moi le cadeau de choisir de marcher hors du commun des hommes et d'arpenter d'un pas vif la route qui mène autre part .
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20/07/2008
Des écrits vains emportés sans un cri par le vent.
L’écriture romanesque relève de la caisse enregistreuse, mais du modèle qui ne rend jamais la monnaie sur les grosses coupures. Je n’écris jamais assis à mon bureau mais plutôt allongé à la romaine sur un canapé ou sur mon lit, le dos calé par un oreiller. En guise de pupitre, j’utilise mes genoux. Cette posture ne me provoque ni ankylose ni engourdissement. Je suis moi-même étonné de la vitesse à laquelle je parviens à écrire dans cette position. J’utilise un stylo à plume « Nil Noir ». J’adore sa forme de havane demi-tasse, ses contours galbés et surtout sa plume souple et précise. L’instrument prolonge ma main à la perfection. Il ne freine jamais mon rythme d’écriture et mes mots peuvent glisser librement sur la page sans craindre de faux-pas.
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19/07/2008
De la fin et du commencement de toute chose.
Notre ciel, nous l'avons détruit, malgré l'humilité des pluies. Nous l'avons, ondée après ondée, vidé de ses silences précipités. Dans ces abîmes bleutés, ces idées d'éternité qui contiennent à la fois la fin et le commencement de toute chose, chaque jour possède le goût acide des vies inachevées. Nos terrains vagues, un peu de vert les désigne aux passants ordinaires, chaleur familière d'un corps aimé blottie contre le mirage d'un homme en fuite. Demeurer ici, dans le tumulte des jours de tempête, sourd aux chants des plages ensoleillées. L'espace a perdu ses apesanteurs et du même coup la réalité de ses frontières. Ce qui ne peut pas être mesuré perd pied. L'enfer loge dans la différence entre un gouffre profond et un puits sans fond.
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18/07/2008
Des rêves bien réels et des réalités inaccessibles
J'aime le trou noir du tunnel qui m'emporte bien loin, qui m'emporte sans trêve, vers le monde infini d'où montent des rumeurs. Les jours gris, oppressants et lourds de souvenirs, où meurt avec fracas l'homme silencieux. Les cheveux en broussaille et le front cravaché, il me semble parfois que je cherche à saisir en vain un être jeune et beau qui m'aimerait peut-être. Ah! la vie est si morne, en l'étroite prison! Oui, je veux contempler de nouveaux horizons. Et la mouette hait le grand vent qui la hante et qui, victorieux, la pousse vers le bord. Ainsi tous mes espoirs - ceux dont tu n'as rien su - vois, mon ami, je suis amèrement déçu et surtout - ô sois bon! - ne me réveille pas. Ah! Demain: c'est vingt ans, c'est un siècle peut-être quand parfois le dégoût envahit tout. Ah, prendre ses désirs pour des étoiles de feu! Qu'importe le réveil, même s'il est brutal. S'en aller dans la vie, comme des envoûtés, les planètes frôler - et que le coeur en saigne! - de l'espace, et des lois étroites m'affranchir
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17/07/2008
De ceux qui tracent la route et pourquoi il est bon de les suivre.

"Ce jour qui vient est trop plein de tendresse. Je pense à toi, griserie d'air pur et de vitesse. Car tu es l'eau, tu es la terre, tu es l'ivresse". Rien de cela n'est vrai, rien ne s'efface que le corps de ceux que l'on aime, la vie n'a pas de port. Il est bon que les souvenirs du passé n'encombrent pas la route de l'avenir. Hardi! Malgré l'obstacle un temple se construit: tu voudrais faire, ou voir quelque chose de grand lorsque des hauts sommets l'on domine la plaine. "Fuis les indifférents, respecte les vaincus, hurle comme un loup dans le vent: jette un instant le trouble au monde des mortels. Au voyageur qui passe, inconnu et hautain, tu rêves de donner un coup d'épaule rude. Surtout, ne suis jamais ceux qui n'espèrent plus!"
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16/07/2008
Des serpents qui font peau neuve.

"Nous enlacer sans nous en lasser", plût au ciel que nous en lussions l'énoncé avant de nous lancer tête baissée dans le lacet d'une passion sans issue. Après cette mise-en-bouche parfaitement insensée, je vous livre ma réflexion du jour. Le serpent périt lorsqu'il ne peut pas changer de peau. Comment interpréter cette phrase de Nietzche autrement qu'en constatant que seuls survivent ceux qui muent? Vendre chèrement sa peau, n'est-ce pas céder aux apparences? N'eût-il pas mieux valu laisser ta pelisse au vestiaire sans faire d'histoires? Le serpent qui mue la nuit dans le plus parfait anonymat d'un buisson d'aubépines s'en ira étrenner ses nouvelles écailles dans la rosée du matin sans un regard pour sa vieille peau jetée aux orties. Traîner un costume élimé aux manches jusqu'à devenir aussi usé que lui est un calcul dangereux. Sois convaincu qu'il est moins risqué pour toi de ne jamais baisser les bras et de sans cesse remettre ta vie en jeu. Toutes ces existences potentielles que tu portes en toi ne te seront accessibles que si tu avances nu sur la route de Damas, le corps écorché et l'âme en bandoulière. Tes nouveaux habits seront des peaux neuves qui donneront des couleurs d'arc-en-ciel à tes rêves de gloire.
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Des pas en avant qui font oublier la peur du noir.
Chacun porte en soi et ignore son destin. Que ferions-nous si nous pouvions recommencer notre vie? Il est temps de trouver ma route entre deux mots d'ordre jetés en tête d'une manifestation. Il n'y a pas d'enfer rue Paradis, seulement des saints qui tirent le diable par les sabots. Les étoiles sont des points de suspension, les comètes des virgules. L'éternité est une ponctuation déposée entre les mots que l'univers nous invite à déchiffrer. Ainsi, d'une autre conquête, nous eûmes chaque soir le secret désir, la tête accrochée à mi-hauteur de l'échelle de Jacob. "Je ne suis jamais seul. Je vois et j'entends tous mes amis morts qui m'entourent et me suivent partout". La pensée est une eau tremblante, une main qui effleure l'agonie d'une impatience. La pensée est un miroir sans tain derrière lequel nous observent des plantes carnivores. "On se trompe moins en avouant qu'on ignore qu'en s'imaginant savoir beaucoup de choses qu'on ne sait pas", écrivait Renan dans "L'Avenir de la Science". La pensée assiège les églises fortifiées afin de nous délivrer de nos superstitions. "Au commencement était le verbe", en aucun autre lieu vous n'irez chercher l'identité que votre quête inquiète veut débusquer.
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15/07/2008
De l'art de séduire l'air de rien.
Séduire. La première victime de mon charme fut la sage-femme qui me mit au monde. Lorsqu’elle m’extirpa sans ménagement du col ensanglanté de ma mère, je crus bon de la gratifier d’un large sourire. Cette pitoyable tentative de séduction avait pour dessein de convaincre cette empêcheuse de tourner en rond que l’élément liquide dont elle venait de m’extraire ne présentait pour moi que peu d’attrait et que je lui étais gré de son intervention. J’avais sacrifié mon royaume aquatique où le grondement du monde des humains me parvenait assourdi tel les mouvements d’un grand opéra, j’avais jeté avec l’eau du bain une vie paisible de poisson d’eau douce pour soustraire ce maigre butin, m’entendre dire par une femme plutôt laide et que je ne devais plus jamais revoir: « Eh ben, celui-là il fera des malheureuses! ». Après des débuts pareils, je ne pouvais que persévérer dans ce déplorable travers. J’ai ainsi grimacé des milliers de sourires sans distinguer le béguin de l’ivresse. Dieu merci, la foi me vint très tôt, à huit mois à peine, et je n’eus plus rien à craindre des doutes assassins ! Elle jeta son dévolu sur moi un matin de juin. Ma génitrice étant partie je ne sais où, c’est ma grand-mère qui s’employait à transvaser le biberon de onze heures dans mon système digestif. La lumière jaillit à l’instant précis où mon rot grimpait à l’altimètre : j’eus irrévocablement l’intuition que Dieu existait et de facto celle que j’allais être condamné aux travaux forcés à perpétuité. Ces deux certitudes, acquises avec désinvolture, bloquèrent illico mon éructation et ce retard, peu dans mes habitudes, inquiéta la vertueuse Madeleine qui, croyant que je m’étouffais, entreprit de me secouer comme un cocktail, erreur fatale qui s’acheva par un spasme fâcheux et la nécessité pour elle de changer de vêtements en grande vitesse pour ne pas rater l’heure de la messe.
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Des illusions et des désillusions.
Alors que je traversais les marécages de la sérénité, le vieux monde apeuré disparut soudain de mon regard faisant place à des certitudes essentielles: "J'existe depuis toujours, j'existerai toujours. Ce ne sont pas quelques années passées sur terre qui me priveront de mon éternité". Aveugle, je ne pouvais plus rien voir de mon passé. Je venais de découvrir un espace réservé, un refuge de haute-montagne où je pourrais attendre près du feu que le blizzard s'épuise. "Que suis-je? Pour moi-même, pour mes dissemblables? De quels subterfuges usent-ils pour s'introduire dans la citadelle assiégée de mes désespoirs secrets? Le cosmos se conçoit sans limites avec ses trous blancs et ses temps morts. La vie ne serait-elle qu'une illusion et la mort la seule réalité?"
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