16/07/2008
Des serpents qui font peau neuve.

"Nous enlacer sans nous en lasser", plût au ciel que nous en lussions l'énoncé avant de nous lancer tête baissée dans le lacet d'une passion sans issue. Après cette mise-en-bouche parfaitement insensée, je vous livre ma réflexion du jour. Le serpent périt lorsqu'il ne peut pas changer de peau. Comment interpréter cette phrase de Nietzche autrement qu'en constatant que seuls survivent ceux qui muent? Vendre chèrement sa peau, n'est-ce pas céder aux apparences? N'eût-il pas mieux valu laisser ta pelisse au vestiaire sans faire d'histoires? Le serpent qui mue la nuit dans le plus parfait anonymat d'un buisson d'aubépines s'en ira étrenner ses nouvelles écailles dans la rosée du matin sans un regard pour sa vieille peau jetée aux orties. Traîner un costume élimé aux manches jusqu'à devenir aussi usé que lui est un calcul dangereux. Sois convaincu qu'il est moins risqué pour toi de ne jamais baisser les bras et de sans cesse remettre ta vie en jeu. Toutes ces existences potentielles que tu portes en toi ne te seront accessibles que si tu avances nu sur la route de Damas, le corps écorché et l'âme en bandoulière. Tes nouveaux habits seront des peaux neuves qui donneront des couleurs d'arc-en-ciel à tes rêves de gloire.
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Des pas en avant qui font oublier la peur du noir.
Chacun porte en soi et ignore son destin. Que ferions-nous si nous pouvions recommencer notre vie? Il est temps de trouver ma route entre deux mots d'ordre jetés en tête d'une manifestation. Il n'y a pas d'enfer rue Paradis, seulement des saints qui tirent le diable par les sabots. Les étoiles sont des points de suspension, les comètes des virgules. L'éternité est une ponctuation déposée entre les mots que l'univers nous invite à déchiffrer. Ainsi, d'une autre conquête, nous eûmes chaque soir le secret désir, la tête accrochée à mi-hauteur de l'échelle de Jacob. "Je ne suis jamais seul. Je vois et j'entends tous mes amis morts qui m'entourent et me suivent partout". La pensée est une eau tremblante, une main qui effleure l'agonie d'une impatience. La pensée est un miroir sans tain derrière lequel nous observent des plantes carnivores. "On se trompe moins en avouant qu'on ignore qu'en s'imaginant savoir beaucoup de choses qu'on ne sait pas", écrivait Renan dans "L'Avenir de la Science". La pensée assiège les églises fortifiées afin de nous délivrer de nos superstitions. "Au commencement était le verbe", en aucun autre lieu vous n'irez chercher l'identité que votre quête inquiète veut débusquer.
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15/07/2008
De l'art de séduire l'air de rien.
Séduire. La première victime de mon charme fut la sage-femme qui me mit au monde. Lorsqu’elle m’extirpa sans ménagement du col ensanglanté de ma mère, je crus bon de la gratifier d’un large sourire. Cette pitoyable tentative de séduction avait pour dessein de convaincre cette empêcheuse de tourner en rond que l’élément liquide dont elle venait de m’extraire ne présentait pour moi que peu d’attrait et que je lui étais gré de son intervention. J’avais sacrifié mon royaume aquatique où le grondement du monde des humains me parvenait assourdi tel les mouvements d’un grand opéra, j’avais jeté avec l’eau du bain une vie paisible de poisson d’eau douce pour soustraire ce maigre butin, m’entendre dire par une femme plutôt laide et que je ne devais plus jamais revoir: « Eh ben, celui-là il fera des malheureuses! ». Après des débuts pareils, je ne pouvais que persévérer dans ce déplorable travers. J’ai ainsi grimacé des milliers de sourires sans distinguer le béguin de l’ivresse. Dieu merci, la foi me vint très tôt, à huit mois à peine, et je n’eus plus rien à craindre des doutes assassins ! Elle jeta son dévolu sur moi un matin de juin. Ma génitrice étant partie je ne sais où, c’est ma grand-mère qui s’employait à transvaser le biberon de onze heures dans mon système digestif. La lumière jaillit à l’instant précis où mon rot grimpait à l’altimètre : j’eus irrévocablement l’intuition que Dieu existait et de facto celle que j’allais être condamné aux travaux forcés à perpétuité. Ces deux certitudes, acquises avec désinvolture, bloquèrent illico mon éructation et ce retard, peu dans mes habitudes, inquiéta la vertueuse Madeleine qui, croyant que je m’étouffais, entreprit de me secouer comme un cocktail, erreur fatale qui s’acheva par un spasme fâcheux et la nécessité pour elle de changer de vêtements en grande vitesse pour ne pas rater l’heure de la messe.
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Des illusions et des désillusions.
Alors que je traversais les marécages de la sérénité, le vieux monde apeuré disparut soudain de mon regard faisant place à des certitudes essentielles: "J'existe depuis toujours, j'existerai toujours. Ce ne sont pas quelques années passées sur terre qui me priveront de mon éternité". Aveugle, je ne pouvais plus rien voir de mon passé. Je venais de découvrir un espace réservé, un refuge de haute-montagne où je pourrais attendre près du feu que le blizzard s'épuise. "Que suis-je? Pour moi-même, pour mes dissemblables? De quels subterfuges usent-ils pour s'introduire dans la citadelle assiégée de mes désespoirs secrets? Le cosmos se conçoit sans limites avec ses trous blancs et ses temps morts. La vie ne serait-elle qu'une illusion et la mort la seule réalité?"
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08/07/2008
Des vérités scientifiques et de leurs ordonnateurs peu scrupuleux.

La science pose ses propres limites, certitudes des plus incertaines, fleuves infranchissables. « Souvent la peur d’un mal nous conduit dans un pire ». Jusqu’à aujourd’hui seule l’intuition a su offrir un instrument d’investigation capable de détecter l’inimaginable. Cette machine de guerre pour intelligence en quête de connaissance s’attaque à la Physique comme à l’Astronomie, à la Médecine comme aux Mathématiques. Dans tous les domaines, la poésie a jeté des passerelles, a établi des interconnections. La mise au point de ces correspondances est une merveille de sagacité et d’intuition. Alors que le passé nous a légué le mode d’emploi de l’univers, la plupart des scientifiques haussent les épaules en présence de notions qu’ils jugent inopportunes leur préférant des modèles plus rassurants. Refuser les évidences, voilà l’attitude de ceux qui n’admettent pas qu’ils sont devenus amnésiques à force de chercher au mauvais endroit. Faites l’expérience de feuilleter un magazine paru il y a dix ans. Vous y verrez traiter des mêmes catastrophes dont personne n’a tiré la leçon, des mêmes problèmes de société non résolus qui font toujours les gros titres aujourd’hui. Que s’est-il passé entre temps ? Vous avez oublié ou plutôt votre cerveau a choisi de ne pas se souvenir, de sélectionner ce qu’il garderait en mémoire. Ainsi chaque individu, chaque groupe humain, chaque civilisation réinvente, reproduit ce qu’il aurait pu simplement s’approprier avec de la suite dans les idées et un peu d’humilité.
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29/01/2008
De l'esprit et de la matière l'un avec l'autre ou l'un sans l'autre.
« Nous n’avons jamais vu notre pensée, pourtant nous savons non seulement qu’elle existe mais qu’elle a le pouvoir de transformer la matière [1] ». Alors, à l’instant où nous mourons, que deviennent ces milliards d’influx électriques capables de concevoir des gratte-ciels ou des navettes spatiales ? Le seul fait de se voir privé d’oxygène à la suite d’une défaillance mécanique du véhicule terrestre qui les transportait d’un point de l’espace à un autre suffit-il à provoquer leur disparition irrémédiable ? Parce qu’ici-bas la pensée, autrement nommée intelligence ou imagination ou encore âme, a toujours eu pour terreau la matière, qu’elle s’en nourrit mais aussi qu’elle la façonne à sa main (ne dit-on pas que la volonté déplace les montagnes), pourquoi ne pas envisager qu’un esprit possédât la double faculté de s’incarner puis, lorsque le temps en est venu, de se désincarner ? Dans cette hypothèse, le corps habité, possédé, colonisé ne serait qu’une coquille d’œuf, un garde-manger, un abri destiné à favoriser l’épanouissement des facultés mentales. Evidemment, ce passage de relais d’un corps à un autre ne serait pas le simple transfert de la somme des pensées d’une existence humaine à une autre. Il est probable que beaucoup de pensées « fonctionnelles » s’effacent alors n'ayant plus d'utilité dans ce nouveau contexte. L'une des principales activités du cerveau n'est-elle pas de trier, d'éliminer, de recycler la plupart des souvenirs ou des apprentissages pour ne garder que l’essentiel? Dans la même logique, avant de reprendre pied dans un nouvel organisme, les pensées se seront déstructurées pour se mêler à d’autres dans une espèce de terreau commun selon de subtiles affinités électriques. « Pourquoi ne serait-ce pas dans ce plancton spirituel et universel que le génie humain puiserait de quoi se nourrir quand il quittera notre corps [2] ». Si l’immortalité vue par Maeterlinck est si troublante, c’est qu’elle ne semble plus contraire aux lois de l’univers telles que nous les connaissons. Ce serait un crime contre l’intelligence de rejeter sans l’avoir étudiée l’éventualité d’une certaine persistance de la conscience .
1 Devant Dieu, Maurice Maeterlinck
2 Id.
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Des grands principes presque tous faux, en principe...
Je reviens un instant encore sur un principe [car j'ai des principes], le principe d'Eternité. J'observe mes dissemblables, je les radiographie et une évidence s'impose à moi: ces êtres si imparfaits qui survivent le nez écrasé contre la vitre ont en eux un embryon de vie éternelle. En eux, certes, malgré eux, devrais-je dire, car la plupart de ces brouillons de titans s'emploient à ne rien laisser paraître de la survivance de pouvoirs anciens depuis longtemps laissés en déshérence. Pour être plus clair, lorsque je scrute un individu pris au hasard dans la foule, je refuse d'admettre que ce miracle de l'évolution construit à grand renfort d'apprentissages, même s'il gaspille quatre-vingt quinze pour cent de son potentiel, doive un jour disparaître et ne laisser comme vestiges qu'une vieille décapotable et quelques enfants adultérins. Le principe d'Eternité nie les évidences trop évidentes. Le ciel du jeu de marelle se gagne par la recherche de la clarté. En éclairant ses doutes de la lumière fulgurante des intuitions [que chacun a eues à un moment ou à un autre de son existence mais qu'il s'est empressé d'oublier, l'amnésie tuant plus sûrement que le cancer], l'homme de la rue se métamorphosera en demi-dieu.
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26/01/2008
De la lumière vivante des étoiles mortes.
Ce n'est plus un secret pour personne et encore moins pour les astronomes, être immortel c'est demeurer visible aux yeux de tous ceux qui naîtront après nous. Et je n'ai pas cité les astronomes en vain, eux qui scrutent l'intimité des galaxies afin de capter la lumière fossile d'astres morts depuis des milliards d'années. Car ce que l'homme voit dans son télescope ce n'est pas l'étoîle qui a explosé il y a des lustres mais le rayon de lumière que sa désagrégation a propagé dans le vide sidéral d'un univers en expansion. Ainsi, si nous admettons comme vérité fondatrice que la matière ne meurt jamais grâce à l'énergie qui s'en dégage, nous ne pourrons pas faire autrement que d'accepter l'idée que l'homme, comme tous les animaux, comme toutes les plantes et comme tous les minéraux, est immortel puisque l'énergie qui se perpétue au delà de la courte parenthèse de son existence permettra d'en conserver une trace à tout jamais. Pourquoi n'apprendrions-nous pas, un jour, à comprendre? Ce n'est pas parce que nous ne savons pas expliquer une réalité qu'elle n'existe pas ! Tout ne se mesure pas à l'aune du savoir humain.
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23/09/2007
De l'apprentissage des langues étrangères.
Le temps, bien précieux entre tous, nous est compté. Nous naissons, ignorant de tout et ignoré de tous, puis commence le lent apprentissage de la langue des hommes. Mot à mot nous découvrons le sens d'un dialecte qui a du mal à nous devenir familier car il n'a rien de commun avec celui employé dans notre vie d'avant. Puis nous grandissons et nous occupons de plus en plus d'espace avec ce corps impossible à apprivoiser qui se couvre de poils, sent la transpiration, mastique bruyamment une nourriture infecte, digère avec difficulté la viande des autres animaux en la laissant pourrir dans ses boyaux, ce corps ingrat qui pisse et défèque, qui copule avec d'autres corps semblables ou mal assortis, jetant aux mille diables des sécrétions gluantes. La vie, c'est donc çà? Un spectacle de cirque où un homme,en habit queue de pie et un fouet à la main, tente de faire sauter un grand fauve à travers un cercle de feu ! Prisonniers de notre corps, esclaves d'un maître exigeant, nous nous oublions car chaque minute de notre existence lui est consacrée: manger, boire, dormir, se laver, marcher, courir, sauter, jouir, se faire mal, tomber malade, guérir, hors de lui, il ne se passe rien.
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16/09/2007
Des grands voyageurs et des limites de l'espace-temps.
TGV Paris-Bordeaux, le 13 septembre 2007. Voyager, c'est déplacer le centre de gravité de sa vie sans rien modifier d'autre que sa position sur les cartes célestes. L'existence s'évalue comme une trajectoire en ellipse de corps sidérés dont la composition chimique est identique à celle des météorites. Ainsi, tout se perpétue, rien ne change dans ce que nous sommes, nous vieillissons à l'identique de ce que nous fûmes et en conformité avec ce que nous serons au terme du périple.
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