17/12/2008
Les déplorables travers des vieux beaux.
Erreurs de jeunesse puis fautes de vieillesse, il est navrant de constater que les mâles se déplacent en troupeau et reproduisent à l'identique les mêmes errances. A l'approche du demi-siècle, ils abandonnent au bord de l'autoroute la compagne fidèle dont le seul crime est d'avoir perdu sa fraîcheur juvénile. Certes, beaucoup d’hommes ont la chance de paraître plus jeunes que les femmes du même âge : Sacha Distel à soixante-dix ans en faisait à peine cinquante. Si la chirurgie esthétique a permis de gommer quelque peu cette injustice biologique, c'est dans la tête des hommes mûrs que frappe le démon de midi. En buvant l'élixir de jeunesse, le quinquagénaire plus ou moins fringant croit gagner sa course contre le temps qui passe en vendant son âme à une jeune et jolie diablesse. Mais, même à court terme, après l'euphorie de la nouveauté, la très jeune femme et le presque vieil homme ont-ils des choses à partager? Quelle complicité peut-elle se développer entre un chirurgien-dentiste breton de cinquante ans et une camerounaise de vingt-deux ans rencontrée grâce à internet? Ont-ils les mêmes passions, écoutent-ils la même musique, lisent-ils les mêmes livres? Le sexe se passe de mots et les délices de la conversation post-coïtale sont souvent remplacés par un DVD ou une émission de télé-réalité. Ainsi, après avoir usé et abusé des pilules bleues, payé un détective pour suivre sa jeune conquête, fait un infarctus ou deux et dépensé les économies qui devaient améliorer sa retraite, le quinquagénaire fait profil bas et se lance à la recherche d’une « femme veuve ou divorcée, la soixantaine, partageant la même passion pour les voyages, la lecture et la musique classique ou le jazz ». Avoir le même âge et une vie commune derrière soi multiplie les chances de durer. Pourquoi se quitter sans avoir tout essayé ? Changer de vie cela peut être aussi se donner une nouvelle chance avec la même personne.
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12/12/2008
Taire à terre.
Se taire, trop léger pour rester à terre, déjà gagné à la cause des étoîles, prêt à tout pour l'accomplissement d'une autre enfance hors du royaume des vivants. Se déterrer, remonter à la surface des choses, soulever la pierre tombale. Se soustraire au vol des corbeaux pour s'envoler avec les grues cendrées.
14:54 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, philosophie, journal intime
10/12/2008
La soif donne de la profondeur au désert.
La glèbe dont nous sommes pétris est impérissable, aucun cataclysme ne saurait la détruire. Qu'en est-il alors de l'esprit qui l'habite et qui fait partie intégrante de la matière, ne pourrait-il demeurer avec la même constance? Il n'est pas de cadran solaire hormis la mesure du temps par nos fonctions vitales. C'est ainsi que la soif donne de la profondeur au désert, que l'effroi donne de la hauteur à la nuit et que la faim creuse des tranchées dans la boue. Qui de nous peut se dire propriétaire de son corps s'il ne l'est pas des heures de sa vie, ces hardes sans valeur jouées aux dés par les voleurs de feu? Dieu et dieux font cartes. Il y en en soi une fringale de s'aventurer sur un champ de mines pour faire reculer les limites des interdits. Il n'est pas d'issue hormis la marge. Qui de nous a réussi à conserver suffisamment de forces pour vomir les codes mals digérés qui nous condamnent à mourir sous la torture lente de mille supplices? Chevalier parti en quête du Graal, si le visage te fait mal tel quel, demande un heaume pour t'y lover.
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07/12/2008
A ceux qui n'arrivent plus à franchir le pas.
J'observe mes compagnons d'infortune qui arpentent nerveusement les trottoirs de la ville. Ils ont presque tous en commun un visage inexpressif et un regard proche de l'hébétude. Aux mêmes heures du jour et de la nuit qui tombe tôt en cette saison, je les retrouve affairés à se rendre qui à l'école pour se débarrasser d'enfants illégitimes qui à l'usine pour boucher les trous de son compte en banque qui à son bureau pour faire de la figuration dans un mauvais film mais tous comme en état de choc, happés par une réalité ne laissant aucune place ni au rêve ni à l'imagination ni au hasard. Pas plus éveillé qu'eux, je tente d'échapper au sort jeté par une fée malveillante en m'asseyant à une table de Café. En tournant ma cuillère dans la tasse je pose l'équation dans mon carnet à spirale: L'être humain est-il capable de se soustraire à la sensation de ses cinq sens physiques et à l'asservissement neurologique au monde extérieur? Que faire pour se libérer durablement de l'état d'hypnose dans lequel nous plonge une vaine fascination pour des décors en carton-pâte?
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06/12/2008
L'art de bien rentrer dans la peau du personnage.
Il est bon de prendre le temps de faire l'inventaire des personnages que nous substituons à l'être que nous sommes vraiment. Ce n'est un secret pour personne que l'apprentissage du monde est avant tout celui des rôles de composition adaptés à chaque situation de notre existence. D'ailleurs, c'est seulement lorsque nous nous trouvons face à des circonstances inhabituelles et donc dans l'incapacité de choisir la bonne réplique dans notre répertoire que pour un bref instant nous devenons nous-mêmes. Si nous rechignons à faire cet état des lieux, ce travail sur soi, c'est parce qu'il nous obligerait à tomber le masque et à paraître nu face à notre propre regard. Accepter de se voir tel que l'on est demande du courage car le danger est réel : en effet, l'inconnu qui se dissimule derrière ces paravents en vaut-il vraiment la peine? L'homme qui n'a plus de rêves, plus de projets, plus d'illusions ne tarde pas à se laisser mourir. L'absence de perspective tue plus sûrement qu'une balle de révolver. Ce n'est pas pour rien que chaque fois que nous nous sentons menacés, notre premier réflexe consiste à revenir à notre répertoire. Il y a le "moi" du bureau différent du "moi" en famille, lui-même différent du "moi" connu par les amis. Cette manière d'être hors de soi fait que même lorsque nous nous retrouvons seul, il arrive que nous continuions à jouer un rôle afin de ne pas avoir à affronter certaines réalités dérangeantes. Le prix à payer pour vivre en paix avec soi-même ressemble bel et bien à un "Munich" de la conscience.
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28/11/2008
Des pas dans la nuit.
La nuit n'est pas une maladie honteuse que des marins ivres traînent de bistrots en bordels. En décryptant les zones de lumière de l'obscurité on y découvre des vies parallèles, des mondes jumeaux. A ceux qui dorment la nuit, à ceux qui confondent terrain vague et chantier de fouilles, je propose d'écarter les murs du réel afin d'ouvrir un couloir vers ce que nous sommes vraiment. A pas de loup, tu marches dans la neige fraîche. Sauras-tu tenir tête à la soif qui te brûle le gosier? Tu dors dans une vie où le sommeil se faisait rare. Le cri des derniers hommes t'a longtemps tenu éveillé. La fin du monde se mesure avec un pendule de Foucault dans l'accélération de la pesanteur.
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15/11/2008
Une vie en carton-pâte.
Ami, prend garde! S'il te faut écarquiller les yeux pour rester éveillé, si la mesquinerie d'une vie sans éclat menace de t'ensevelir sous une montagne d'immondices, sache que c'est à l'instant même où l'avenir cessera de te brûler les tripes que se joueront les quelques années qu'il te reste à vivre. Tiens-toi aux aguets, en équilibre sur un fil de funambule, laisse la peur du vide à ceux qui n'ont pas d'autre choix que de sombrer dans l'œil noir du néant sans s'être battu ni même débattu, corps sans âmes, silhouettes de carton-pâte posées dans un décor de Cineccita. Il faut libérer le fauve qui croupit en toi, prédateur d'opérette nourri aux saucisses de Strasbourg, roi déchu au pelage élimé qui passe ses jours dans la stupeur et ses nuits dans l'ennui.
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14/11/2008
L'éducation à refaire des péteurs de cabine d'ascenseur.
Que dire, que penser quand notre appendice olfactif est détourné de son inclination naturelle pour les senteurs fleuries par d'infectes odeurs de fiente? Plus rien. La marée montante du dégoût. Rien ne va plus, faîtes vos jeux avant de rendre l'âme! Quel est le cuistre infâme qui pollue ainsi l'atmosphère rare, - les molécules d'oxygène précieuses de ce bocal à grenouille, de cette cabine d'ascenseur partie en chute libre vers le trente sixième dessous -, avec son méthane de bovin constipé? Le comble de l'ignominie c'est que ce crime de lèse-cabine restera impuni car tous les occupants lèvent lâchement les yeux vers le plafond afin qu'il ne vînt l'idée à personne de les désigner à la vindicte populaire.
10:54 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature, voyages, journal intime, fictions
10/11/2008
L'impossible envol du poulet de basse-cour.
Si chacun de nos gestes, si chacun de nos mots qui comptent doit peser sur le destin de l'humanité, c'est parce que les mouvements de chaque instant ne sont faits que de morts et de résurrections. Tout homme qui vient au monde participe à cette œuvre collective et permet à ceux qui l'ont précédé d'accéder à une forme d'immortalité. Il est vain de songer à cheminer seul, de tourner le dos à ce que nous sommes vraiment : un morceau de corps céleste, de la poussière d'étoile. Pourquoi se condamner à vivre mal en attendant une mort d'abattoir? Je songe à tous ceux qui traitent avec mépris toute évocation du divin. J'ai mal pour ces amnésiques, ces trépanés qui en perdant le sentiment du divin ont aussi perdu celui de leur propre divinité. N’est-il pas consternant que ces oiseaux de basse-cour après s’être coupés les ailes s'étonnent de ne plus savoir voler ?
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08/11/2008
Le vertige est le carburant de nos rêves.
Nous habitons un monde d'évidentes absurdités. La question est la suivante: "Sommes-nous entourés de mirages ou sommes-nous nous-mêmes des mirages?" Est-ce à cause de cette impression d'irréalité que beaucoup d'entre nous ne se sentent pas assez réels pour croire qu'un jour ils mourront? Ici, le vertige est le carburant de nos rêves, le fil-à-plomb qui nous rattache à l'humanité. Si l'existence ne devait tenir qu'à un fil, ce serait de celui-là qu'il s'agirait. Ne nous décourageons pas: le secret que nous cherchons est caché bien plus profondément que nous l'avions cru alors il faut persévérer et continuer à fouiller les décombres. Le contact avec la vérité ultime se fera hors des limites de l'espace et du temps. Il nous faut dès maintenant accepter l'idée que les rêves sont les plus grands obstacles sur notre chemin vers le miraculeux (penser à lire quelques pages du prodigieux ouvrage d'Ouspensky, "In search of the Miraculous"). L'homme de la rue est une épure, un brouillon, en tout cas il n'est pas ce qu'il peut ou devrait être. Gardons toujours à l'esprit que les différences sont ce qui importe le plus. Pour résoudre un problème de Physique ou pour comprendre ses semblables, il faut avant toute chose considérer les points de divergence.
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