23/07/2008

Des traces que l'on laisse derrière soi.

26_Combat_coq_gal.jpgTous ces étés auront disparu dans les matins humides. Maintenant je le sais, le soleil efface toutes les traces, jusqu'à la mémoire des fontaines. Et puis, les saisons passent sur chacun de nous, sans un regard pour ce que nous sommes devenus. Peut-être aurions-nous eu une chance de gagner si nous avions eu vent de la règle du jeu? Je voudrais posséder l'antidote de la peur et du doute, ne rien laisser paraître de cet effroi qui glace mon sang.

21/07/2008

Des combats avec l'ange qui sont autant de défaites annoncées.

Claude_Weisbuch_combat_aigle.jpgQui de nous n'assassina, le plus souvent à son insu, deux ou trois anges? Qui jamais ne traversa sans frémir une forêt en feu ou une rivière en crue? Qui sait mieux que toi ce que tu ignores de ta propre vie et de ce que sera ta mort? Qui saura jamais ce que tu es si tu ne le sais pas toi-même ? Seras-tu autre chose que ce que tu as cru que tu étais? Passent des fées qui te hèlent, des soleils et des lunes qui te ressemblent. Ils te questionnent fébrilement: « Es-tu l'éternité? » Tu les déçois lorsque tu leur réponds que tu n'es l'éternité que pour toi-même et qu'ils doivent chercher la leur dans la grâce magique de leur existence. Là et uniquement là se trouve la réponse qui donnera corps à leur espérance. Car notre vie n'a de sens que dans la quête qui nous grandit. Il est parfaitement vraisemblable qu'un monde purement spirituel existe autour de nous et que nous vivions en lui sans nous en douter. Et puis, n'avais-tu pas senti cette force qui te vide la tête, cet air glacé qui te pousse dans le dos et cette lumière qui tue ta peur des ténèbres? Fais-moi le cadeau de choisir de marcher hors du commun des hommes et d'arpenter d'un pas vif la route qui mène autre part .

20/07/2008

Des écrits vains emportés sans un cri par le vent.

rue.jpgL’écriture romanesque relève de la caisse enregistreuse, mais du modèle qui ne rend jamais la monnaie sur les grosses coupures. Je n’écris jamais assis à mon bureau mais plutôt allongé à la romaine sur un canapé ou sur mon lit, le dos calé par un oreiller. En guise de pupitre, j’utilise mes genoux. Cette posture ne me provoque ni ankylose ni engourdissement. Je suis moi-même étonné de la vitesse à laquelle je parviens à écrire dans cette position. J’utilise un stylo à plume « Nil Noir ». J’adore sa forme de havane demi-tasse, ses contours galbés et surtout sa plume souple et précise. L’instrument prolonge ma main à la perfection. Il ne freine jamais mon rythme d’écriture et mes mots peuvent glisser librement sur la page sans craindre de faux-pas.

19/07/2008

De la fin et du commencement de toute chose.

fin de partie.jpgNotre ciel, nous l'avons détruit, malgré l'humilité des pluies. Nous l'avons, ondée après ondée, vidé de ses silences précipités. Dans ces abîmes bleutés, ces idées d'éternité qui contiennent à la fois la fin et le commencement de toute chose, chaque jour possède le goût acide des vies inachevées. Nos terrains vagues, un peu de vert les désigne aux passants ordinaires, chaleur familière d'un corps aimé blottie contre le mirage d'un homme en fuite. Demeurer ici, dans le tumulte des jours de tempête, sourd aux chants des plages ensoleillées. L'espace a perdu ses apesanteurs et du même coup la réalité de ses frontières. Ce qui ne peut pas être mesuré perd pied. L'enfer loge dans la différence entre un gouffre profond et un puits sans fond.

18/07/2008

Des rêves bien réels et des réalités inaccessibles

Venus_Mars.jpgJ'aime le trou noir du tunnel qui m'emporte bien loin, qui m'emporte sans trêve, vers le monde infini d'où montent des rumeurs. Les jours gris, oppressants et lourds de souvenirs, où meurt avec fracas l'homme silencieux. Les cheveux en broussaille et le front cravaché, il me semble parfois que je cherche à saisir en vain un être jeune et beau qui m'aimerait peut-être. Ah! la vie est si morne, en l'étroite prison! Oui, je veux contempler de nouveaux horizons. Et la mouette hait le grand vent qui la hante et qui, victorieux, la pousse vers le bord. Ainsi tous mes espoirs - ceux dont tu n'as rien su - vois, mon ami, je suis amèrement déçu et surtout - ô sois bon! - ne me réveille pas. Ah! Demain: c'est vingt ans, c'est un siècle peut-être quand parfois le dégoût envahit tout. Ah, prendre ses désirs pour des étoiles de feu! Qu'importe le réveil, même s'il est brutal. S'en aller dans la vie, comme des envoûtés, les planètes frôler - et que le coeur en saigne! - de l'espace, et des lois étroites m'affranchir

17/07/2008

De ceux qui tracent la route et pourquoi il est bon de les suivre.

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"Ce jour qui vient est trop plein de tendresse. Je pense à toi, griserie d'air pur et de vitesse. Car tu es l'eau, tu es la terre, tu es l'ivresse". Rien de cela n'est vrai, rien ne s'efface que le corps de ceux que l'on aime, la vie n'a pas de port. Il est bon que les souvenirs du passé n'encombrent pas la route de l'avenir. Hardi! Malgré l'obstacle un temple se construit: tu voudrais faire, ou voir quelque chose de grand lorsque des hauts sommets l'on domine la plaine. "Fuis les indifférents, respecte les vaincus, hurle comme un loup dans le vent: jette un instant le trouble au monde des mortels. Au voyageur qui passe, inconnu et hautain, tu rêves de donner un coup d'épaule rude. Surtout, ne suis jamais ceux qui n'espèrent plus!"

14/07/2008

Du mouvement qui nous traîne, nous entraîne...

026.JPGQuand le ciel est trop bleu, je sens peser sur moi les jours mornes et gris qui ne peuvent finir... Point de route tracée, de chemin monotone, tu prends mille détours, toujours ton oeil s'étonne. Et roule, et passe, et tourne, et glisse sur le rail gémissant et sur la chaussée lisse, se croisent les humains sans rien voir. Ils sont dix, ils sont quinze, on ne sait, que je compte un à un, ceux-ci fort étonnés, ceux-là indifférents, se frôlent, se coudoient, chacun par ses soucis, occupé et contraint, qui va de là, ici... Quel vertige te prend, quel mirage trompeur fait la terre plus belle? As-tu peur du soleil dont te sont familiers les mille mouvements, mais d'où le feu jaillit avec un grondement? Du ciel contre le sol, lancé comme une flèche, pourras-tu t'arrêter sur le pré d'herbe fraîche? Dans la blancheur de l'ombre et du torrent tout près monte encore, d'un vol rapide et sûr, là-haut l'air est plus pur et dédaigne un instant la terre et tes pareils.

12/07/2008

De la vanité de toute lutte.

lucifer.jpgA quoi bon nous acharner à lutter si la mort doit effacer la somme de nos efforts ? Comme une équation démontrée sur le tableau noir, la justification de cette agitation réside dans l’acte même de faire. Maudit sera le jour où cette démonstration sera achevée. Equation à une, deux voire trois inconnues posées de chaque côté du signe « égale».Mes rêves de gloire ont trépassé après une longue agonie. J’ai épuisé le carburant des chimères, cette énergie fossile arrachée à la voûte céleste. Que reste-t-il de nos pas de géant, ceux qui devaient nous mener au-delà de nous-mêmes ? Il est un état ancien, un état initial jadis abandonné et auquel nous aspirons de retourner car plus paisible que n’importe quel sommeil. Ainsi la mort ne serait pas seulement notre futur mais aussi notre passé, ce qui nous a fait ce que nous sommes. Cet état dont nous avons un souvenir précis dans les premiers mois de notre existence, notre mémoire d’enfant finit par l’occulter. Nous en gardons le sentiment confus que la mort nous est familière, telle le prélude d’une renaissance assurée.

07/07/2008

Des outrages du temps et de la lutte vaine de ceux qui tentent de les circonscrire.

ogre9.jpgJ’échafaudais des théories à deux enjambées de la tombe de Baudelaire. Ci-gît l’ange impatient et stérile qui préféra l’affectation à l’action. Baudelaire qui noya sa révolte dans le vin et la colère mais qui accepta sans broncher de vivre aux crochets du Général Aupick. Rimbaud et Oscar Wilde eurent au moins le courage de leurs travers. Qu’en est-il de nos noces civilisées ? Du mariage répugnant de nos corps entravés et de nos esprits vaincus. Il est si aisé de perdre la grâce lorsque la gravité nous ôte toute capacité à nous élever au-dessus de nous-mêmes. Le temps libéré, gagné sur l’aliénation de nos vies, est bien plus précieux que le temps libre donné sans compter aux oisifs. Je savais que désormais toute lutte serait vaine et que j’avais définitivement rejoint le troupeau. Comme eux, peut-être ne sortirais-je jamais de ce coma profond dans lequel l’on tombe par inadvertance un jour pas même différent des autres jours. J’étais devenu un somnambule qui rêve sa vie ou, pour être plus précis, j’avais perdu conscience de ce qui constitue la réalité objective. Et pourtant, cela fera bientôt un demi-siècle que je combats, ne cédant pas à la tentation de lâcher prise, devenu vieux avant l’âge, la chair flasque, l’œil vitreux, le cheveu poivre et sel. Une lutte de chaque instant, menée avec la rage de celui qui veut garder son enfance dans les yeux, son adolescence dans les traits et ainsi boire jusqu’à la lie le philtre de la jeunesse éternelle. Mais chaque jour apporte son lot de blessures et d’altérations. Les muscles fondent, les cheveux blanchissent un à un, l’opération commençant insidieusement dans mon dos au niveau de la nuque. En quelques semaines les effets du temps, freinés jusque là par ma seule volonté, se sont faits cruellement ressentir. Maigre consolation d’ainsi déchoir, c’est que l’incompréhension que je discernais dans les yeux de certains disparaît avec le constat de mon retour à la norme.

05/07/2008

Des certitudes pas aussi certaines qu'il y paraît

1150984797_ac704a8bb9.jpgPrends la route en t'imposant trois caps: être, paraître, devenir. Trois étapes du même voyage que tu franchiras indifféremment dans l'ordre ou dans le désordre. Etre ce que l'on paraît, devenir ce que l'on est, paraître ce que l'on est devenu, tu conjugueras au temps qui te convient le mieux ton état [avec même la faculté d'être dans tous tes états]. Pas de hiérarchie ou de mise à l'écart: le paraître ne devra pas être montré du doigt, vilipendé. Il constitue un état avancé de l'être en mouvement. Pareillement, il te faudra accorder toutes tes attentions au devenir qui est, moins qu'il n'y paraît, une fin en soi car le chemin lui aussi fait partie du voyage [d'ailleurs, beaucoup considèrent que le but n'a pas d'importance et que seul compte le cheminement]. Tu pourras à l'envie associer "être" et "naître" ou opposer "paraître" et "disparaître". Ces rapprochements donneront du sens à ta quête: "être" peut aussi signifier "naître à soi-même" et "disparaître" avoir fini de céder au jeu des apparences. La naissance posée comme révélation et la mort comme mise-en-lumière. Deux franchissements si semblables du même gué. D'ailleurs le mot hébreu qui veut dire "créer" signifie textuellement "ordonner le chaos". La naissance et la mort ordonnent le chaos de la vie à venir ou de la vie qui s'achève. Pendant son agonie, le mourant revoit les grands moments de son existence. Ainsi, devant ses yeux défilent les visages aimés ou haïs et, tel un film qui se rembobine, les heures de gloire se mêlent aux pires moments de lâcheté. Pour bien appréhender la naissance, il est essentiel d'étendre cette notion aux premiers mois de la vie. L'enfant qui vient au monde, pour être reconnu, doit d'abord être connu: un nom et un prénom lui sont attribués. Sa naissance sera accomplie lorsqu'il aura conquis [par les premiers apprentissages: boire, manger, marcher, jouer, parler] les préceptes de son nouvel état. Par la "connaissance", le bébé est devenu "enfant d'homme" donc homme lui-même.

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