01/05/2005
LE LEICA DE BORO
Le monde serait-il plus beau si on le photographiait avec le Leica
de Boro?
Non bien sûr, mais le burin possède parfois plus de grâce que le
sculpteur. Je songe à Rodin reconnu par son temps, bien dans ses meubles, un bourgeois
de l'âge d'or perdu dans la nostalgie des grandes expéditions
de l'Art.
Car il est peu d'aventures qui ouvrent autant l'appétit que la
création. Jamais rassasié, l'artiste remet sans cesse le couvert,
repoussant toujours plus loin les limites de sa faim d'essence
divine.
Le Leica de Blêmia Borovitz me fascine car il est oeil et
plaque sensible, plus fidèle que la mémoire et doué d'une
vision parfaite.
Le photographe finit par ne plus percevoir le monde qu'à travers
l'objectif de son boitier. Il abandonne sa perception aux futurs
clichés qui émergeront des bains de développement et de
révélation.
Même l'amour se fixe sur de la pellicule. Le corps désiré mitraillé
en gros plan pour en apprécier chaque détail, grain de peau sur
grain de papier Kodak.
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