24/12/2008
L'esprit et la matière, l'un avec l'autre ou l'un sans l'autre?
« Nous n’avons jamais vu notre pensée, pourtant nous savons non seulement qu’elle existe mais qu’elle a le pouvoir de transformer la matière [1] ». Alors, à l’instant où nous mourons, que deviennent ces milliards d’influx électriques capables de concevoir des gratte-ciels ou des navettes spatiales ? Le seul fait de se voir privé d’oxygène à la suite d’une défaillance mécanique du véhicule terrestre qui les transportait d’un point de l’espace à un autre suffit-il à provoquer leur disparition irrémédiable ? Parce qu’ici-bas la pensée, autrement nommée intelligence ou imagination ou encore âme, a toujours eu pour terreau la matière, qu’elle s’en nourrit mais aussi qu’elle la façonne à sa main (ne dit-on pas que la volonté déplace les montagnes), pourquoi ne pas envisager qu’un esprit possédât la double faculté de s’incarner puis, lorsque le temps en est venu, de se désincarner ? Dans cette hypothèse, le corps habité, possédé, colonisé ne serait qu’une coquille d’œuf, un garde-manger, un abri destiné à favoriser l’épanouissement des facultés mentales. Evidemment, ce passage de relais d’un corps à un autre ne serait pas le simple transfert de la somme des pensées d’une existence humaine à une autre. Il est probable que beaucoup de pensées « fonctionnelles » s’effacent alors n'ayant plus d'utilité dans ce nouveau contexte. L'une des principales activités du cerveau n'est-elle pas de trier, d'éliminer, de recycler la plupart des souvenirs ou des apprentissages pour ne garder que l’essentiel? Dans la même logique, avant de reprendre pied dans un nouvel organisme, les pensées se seront déstructurées pour se mêler à d’autres dans une espèce de terreau commun selon de subtiles affinités électriques. « Pourquoi ne serait-ce pas dans ce plancton spirituel et universel que le génie humain puiserait de quoi se nourrir quand il quittera notre corps [2] ». Si l’immortalité vue par Maeterlinck est si troublante, c’est qu’elle ne semble plus contraire aux lois de l’univers telles que nous les connaissons. Ce serait un crime contre l’intelligence de rejeter sans l’avoir étudiée l’éventualité d’une certaine persistance de la conscience.
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1 Devant Dieu, Maurice Maeterlinck
2 Id.
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17/12/2008
Les déplorables travers des vieux beaux.
Erreurs de jeunesse puis fautes de vieillesse, il est navrant de constater que les mâles se déplacent en troupeau et reproduisent à l'identique les mêmes errances. A l'approche du demi-siècle, ils abandonnent au bord de l'autoroute la compagne fidèle dont le seul crime est d'avoir perdu sa fraîcheur juvénile. Certes, beaucoup d’hommes ont la chance de paraître plus jeunes que les femmes du même âge : Sacha Distel à soixante-dix ans en faisait à peine cinquante. Si la chirurgie esthétique a permis de gommer quelque peu cette injustice biologique, c'est dans la tête des hommes mûrs que frappe le démon de midi. En buvant l'élixir de jeunesse, le quinquagénaire plus ou moins fringant croit gagner sa course contre le temps qui passe en vendant son âme à une jeune et jolie diablesse. Mais, même à court terme, après l'euphorie de la nouveauté, la très jeune femme et le presque vieil homme ont-ils des choses à partager? Quelle complicité peut-elle se développer entre un chirurgien-dentiste breton de cinquante ans et une camerounaise de vingt-deux ans rencontrée grâce à internet? Ont-ils les mêmes passions, écoutent-ils la même musique, lisent-ils les mêmes livres? Le sexe se passe de mots et les délices de la conversation post-coïtale sont souvent remplacés par un DVD ou une émission de télé-réalité. Ainsi, après avoir usé et abusé des pilules bleues, payé un détective pour suivre sa jeune conquête, fait un infarctus ou deux et dépensé les économies qui devaient améliorer sa retraite, le quinquagénaire fait profil bas et se lance à la recherche d’une « femme veuve ou divorcée, la soixantaine, partageant la même passion pour les voyages, la lecture et la musique classique ou le jazz ». Avoir le même âge et une vie commune derrière soi multiplie les chances de durer. Pourquoi se quitter sans avoir tout essayé ? Changer de vie cela peut être aussi se donner une nouvelle chance avec la même personne.
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04/10/2008
De l'épuisante douceur de vivre.
Que savons-nous des anges? Apprendre n'est-ce pas seulement élargir l'horizon de notre ignorance? Les anges gardiens sont nos geôliers ordinaires. Ils possèdent les clés des trois temps de notre conjugaison: passé, présent et surtout futur. Ils disposent de nous à leur gré, bienveillants si nous respectons le règlement de la citadelle, impitoyables lorsqu'il s'agit de mater les rébellions. Chaque jour à heure fixe, ils ouvrent les portes des cellules pour la promenade, le parloir ou pour aller prendre les repas au réfectoire. Les anges arrivent de toutes parts et donc aussi de nulle part. Ne les cherchez pas dans le ciel gris des églises ou dans les cryptes glacées: ils préfèrent se glisser dans l'ombre des promeneurs, ne sortant qu'en plein soleil car ils ont compris que la lumière est une bien meilleure cachette que l'obscurité. Leur invisibilité les rend plus présents encore que s'ils étaient faits de chair et d'os. Anges et archanges arpentent inlassablement l'intervalle qui sépare l'âme des corps. Tels des sangsues, ils s'ajustent à notre cou, ils collent à nos reins. Ne nous faisons aucune illusion: les anges ne viennent ni donner, ni prendre. Ils veillent, à la limite du désastre absolu et de l'épuisante douceur de vivre?
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27/09/2008
De la naissance à la renaissance.
Etre éternel, renaître à soi-même. Osons imaginer que dans quelques milliards d'années, ayant épuisé toutes les combinaisons possibles, le savant ordonnateur de nos existences (hasard, destin, Dieu) recompose le puzzle d'atomes qui nous fait être ce que nous sommes aujourd'hui. Nulle chance n'est impossible lorsque l'on a l'éternité pour essayer. Mais serait-ce une chance de revenir à notre point de départ? La somme de nos échecs soustraite de la division de nos cellules ne produit pas nécessairement la multiplication des pains! Le miracle sera sans doute de sentir confusément dans nos prochaines vies que nous fûmes, différents, et que le savoir accumulé en nous au fil des migrations de nos cellules pourra peut-être contribuer à nous rendre meilleurs.
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26/09/2008
Des saisons qui passent et trépassent.
L'été et sa lumière si particulière, ses jours qui n'en finissent pas de recommencer, ses nuits percées de milliards de petites fenêtres ouvertes sur des mondes ignorés. L'été nous distrait de nous-mêmes et nous donne l'illusion de nous mettre à nu devant les autres bien que nous ressentions plus que jamais l'acuité de notre solitude et l'insoutenable vérité de notre différence. Au contraire, les contrastes, les demi-teintes des jours d'hiver, les nuits en plein jour, les midis pluvieux, les aubes de communiantes fanées nous ramènent à notre plus simple expression. Ni tristes, ni ennuyeuses, les courtes journées d'hiver sont à l'image de la briéveté de l'existence. Ainsi, comme le fit Joë Bousquet, décidons une fois pour toutes que "notre vraie vie va commencer avec l'hiver".
14:13 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, philosophie, poésie, journal intime, vive la vie, spiritualité
25/09/2008
Je suis Dieu, tu es Dieu, il est Dieu...
« Je suis Dieu ». Dans le brouhaha de la quotidienneté, cette phrase insensée s’est imposée au-dessus de la mêlée. Habituellement, seuls les aliénés osent jeter à la face du monde ce type d’affirmations paranoïaques. « Je suis Dieu » signifie très exactement « j’ai la conscience aiguë d’être unique et immortel». Je sais, je sens depuis l’aube de mes temps que j’abrite en moi une vérité essentielle, que je dispose d’un identifiant hors du commun qui m’a permis d’arriver intact jusqu’à cette vie sans lustre. « Je suis Dieu » ou plus exactement l’expression d’un mode d’existence supérieure. Pourtant, mon intelligence est moyenne, ma corpulence peu athlétique, ma mémoire plutôt capricieuse et mon charisme à géométrie variable. Rien ne me prédispose à prendre la robe trop grande des prophètes et autres messies. D’ailleurs personne ne m’a chargé d’une mission auprès des humains, mes dissemblables, et c’est heureux lorsque l’on voit ce qu’il advient des messagers célestes : ils sont suppliciés ou deviennent des tyrans sanguinaires. Suis-je le seul au moment où je vous parle à être brûlé de l’intérieur par cette intuition primale ? Je peux supposer sans risque de me tromper que des millions de dieux de tous âges s’éveillent chaque matin, persuadés de l’unicité de leur précieuse personne. Pour ma part, cette révélation ne me donne aucun sentiment de supériorité, plutôt même la sensation désagréable que je suis plus vulnérable que les autres lorsqu’il s’agit de se battre pour survivre. Comble de l’ironie, « savoir » que l’on est immortel, par l’affaiblissement de l’instinct de survie, peut contribuer à une mort plus rapide. Heureusement, l’esprit humain détient une arme redoutable : la faculté d’oublier. Alors si je suis vraiment Dieu, n’en parlons plus.
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24/09/2008
De la courbure de l'espace-temps.
Pour apprendre à connaître les frontières de l'univers, il est d'usage de conseiller de transformer son télescope en microscope et d'observer la structure d'un grain de sable qui est semblable à celle d’une galaxie. Cette évidence (encore trop peu évidente pour beaucoup qui souffrent d’un strabisme divergent incurable), Pascal la porta en lui durant toute sa brève existence comme un remède contre les dogmes réducteurs : « Dans l’enceinte de ce raccourci d’atome, qu’il y voie une infinité d’univers dont chacun a son firmament, ses planètes, sa terre, en la même proportion que le monde visible ». Pour prendre la mesure de l’extraordinaire intuition de Pascal dans sa conception de l’infiniment petit, il faut rappeler qu’elle devance l’invention du microscope de plusieurs dizaines d’années et de près de trois siècles les travaux d’Einstein. « Car qui n’admirera que notre corps, qui tantôt n’était pas perceptible dans l’univers, imperceptible lui-même dans le sein du tout, soit à présent un colosse, un monde, ou plutôt un tout, à l’égard du néant où l’on ne peut arriver ? » Entre mathématiques et philosophie, Pascal a déduit la ressemblance, aujourd’hui démontrée, de l’activité et de l’évolution des électrons avec celles des astres. En partant de presque rien (il y avait eu les philosophes « atomistes » grecs), Pascal a construit un système qui va de l’infiniment grand (le système solaire) à l’infiniment petit (la molécule). Si nous avions un nouveau Pascal aujourd’hui, jusqu’où le mèneraient ses intuitions? Partirait-il à reculons dans la courbure de l’espace-temps en laissant sur le bord du chemin les impostures d’Einstein, préférant explorer des réalités extra-sensorielles plutôt que d’augmenter la puissance de ses télescopes ?
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23/09/2008
Des prédateurs surgis de la jungle du temps.
« D’où viennent ces prédateurs surgis de la jungle du temps avec des lambeaux de mon enfance aux babines ? Que vont-ils arracher d’autre de mes flancs durant mon périple entre les deux mondes (l'ici-bas et l’au-delà) ». Il est des souvenirs qu’il vaut mieux fuir et des rêves exquis que les brumes du réveil effaceront sans merci. La mémoire est indispensable à l’intelligence car si les matériaux acquis disparaissaient aussitôt, la plus simple opération intellectuelle serait impossible. De plus, dans le cas d’une conscience sans mémoire, le moi repartirait à zéro à chaque nouvelle perception et la personnalité peinerait à se construire. « La mémoire est une nuit terrible et confuse. Je craindrais à m’y aventurer d’encourir la punition des archéologues violant les sépultures d’Egypte » (Cocteau). Tout fait de conscience est susceptible de revivre. Il y a restauration d’un désir lorsque ce désir renaît à un certain degré bien qu’il faille admettre que c’est le plus souvent la traduction intellectuelle de ces états qui est restaurée. En somme, tout état se conserve et il n’existe pas d’oubli absolu (Herbart). Ainsi, les faits que nous croyons oubliés sont ceux qui nous ont si faiblement impressionnés qu’une excitation ordinaire ne suffit pas à les rappeler. Si la mémoire volontaire n’est capable de retenir qu’un nombre limité d’idées, c’est pour éviter d’encombrer notre cerveau avec les millions d’informations de toute nature qui sollicitent nos sens à longueur de journée car, si nous ne laissions rien échapper, notre mémoire serait accablée sous le poids d’une multitude de faits insignifiants. Il est reconnu que les gens heureux sont ceux dont la mémoire se débarrasse allégrement des souvenirs désagréables pour ne garder que le meilleur.
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22/09/2008
La mort de Jean-Luc B., suicide ou meurtre?
Il reste un dernier tabou hérité de mai 68 à lever : le poids excessif donné à la parole de l’enfant. La mort d’un enseignant à la suite de sa garde à vue pour un coup de poing donné à l’un de ses élèves qui l’avait insulté laisse flotter un réel malaise. Le geste reproché n’a pas eu de témoin. Il s’agissait de la parole d’un adulte contre la parole d’un enfant. Dans ce contexte, la balance penche presque toujours du côté de l’enfant. Principe de précaution et consignes du Parquet obligent. De plus, la justice a pris l’habitude d’employer les grands moyens même si, dans le cas de Jean-Luc B., le coup porté était sans gravité aucune. La réalité du geste importe peu car un tel incident aurait du se terminer dans le bureau du principal où chacun aurait fait amende honorable. Pour se dédouaner, certains murmurent que Jean-Luc B. avait des difficultés familiales, d’autres qu'il était déprimé depuis la séparation récente d’avec sa compagne. La seule question à se poser est la suivante : Jean-Luc B. se serait-il suicidé s’il ne s’était pas senti victime d’une nouvelle injustice? Je laisse à chacun le soin d’apprécier. Le père de Maxime comme le juge d’instruction et comme le policier qui a mené l’interrogatoire ont été victimes du même aveuglement qui consiste à prendre pour argent comptant ce que dit l’enfant. Et comme nos chères têtes blondes ne sont pas sans ignorer le pouvoir de destruction extraordinaire qu’elles détiennent, elles en usent à la première occasion. Les leçons d’Outreau n’ont pas été tirées. Combien d'assistantes sociales retirent trop hâtivement des enfants aux familles dites « en difficulté », combien de juges maintiennent en détention provisoire plusieurs années des pauvres types qu‘un faisceau de présomptions et une méchante rumeur accusent ? Que mon discours ne trompe personne : il existe bel et bien des mères indignes, des pervers dangereux et des éducateurs violents. Notons que la peine de mort (physique ou sociale) a bel et bien été rétablie pour ceux qui travaillent au contact des enfants. Des métiers à haut risque qui dans les années qui viennent ne devraient pas susciter beaucoup de vocations.
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Du tort qu'ont toujours les absents.
"En marchant, en mangeant, en voyageant, sois là où tu es. Sinon tu passeras pratiquement à côté de ta vie" (Jack Kornfield). Ami pèlerin, les absents ont toujours tort et le tort te tuera plus sûrement qu'une balle de revolver. Alors sois bon avec toi-même et sors de ta carapace une bonne fois pour toute! Applique-toi pour rester conscient à chaque heure du jour, lis le monde avec les yeux de la compassion. Pose ton regard sur chaque être en essayant d'imaginer ses préoccupations du moment. Ne méprise personne et considère que chaque habitant de la planète, animal ou fleur, a de l'importance et doit-être respecté. Certes, tu n'auras plus le coeur de commander une entrecôte bleue où une douzaine d'huîtres au restaurant car tu verras la souffrance de l'animal jaillir en pleine lumière. Faute de mieux, tu deviendras végétarien même si ton premier devoir est de donner à ton corps le carburant nécessaire à sa propulsion dans l'espace-temps et que ce serait un crime contre l'humanité de te laisser mourir de faim. Console-toi en songeant que comme Bouddha Richard Gere et Julia Roberts sont végétariens eux-aussi!
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