28/11/2008

Des pas dans la nuit.

30svx9t.jpgLa nuit n'est pas une maladie honteuse que des marins ivres traînent de bistrots en bordels. En décryptant les zones de lumière de l'obscurité on y découvre des vies parallèles, des mondes jumeaux. A ceux qui dorment la nuit, à ceux qui confondent terrain vague et chantier de fouilles,  je propose d'écarter les murs du réel afin d'ouvrir un couloir vers ce que nous sommes vraiment. A pas de loup, tu marches dans la neige fraîche. Sauras-tu tenir tête à la soif qui te brûle le gosier? Tu dors dans une vie où le sommeil se faisait rare. Le cri des derniers hommes t'a longtemps tenu éveillé. La fin du monde se mesure avec un pendule de Foucault dans l'accélération de la pesanteur.

27/11/2008

Franchir le cap de désespérance.

thumb-l-odyssee---resume-et-episodes-mythologiques-1415.jpgNous sommes tous immortels, que nous le voulions ou non. Que vaudrait une vie qui serait vécue sans cette certitude? Et puis que risquons-nous à choisir un tel principe comme  socle de tous les actes que nous allons accomplir durant le reste de notre existence? Certains se battent pour gagner des médailles en chocolat, d'autres se laissent éblouir par  ce qui brille mais si peu d'entre nous osent se regarder VRAIMENT dans la glace, de peur sans doute de croiser leur propre vérité, de voir leur âme surgir du blanc de leurs yeux, moins surprise de sortir ainsi, en pleine lumière, que d'être enfin devenue visible pour un propriétaire jusque là frappé de cécité.  Mais quel homme ordinaire, tiré du troupeau qui se presse dans les centres commerciaux le samedi, trouvera les ressources nécessaires pour s'extraire de sa condition? A quelle élite est réservée  l'élévation morale propice au jaillissement de  l'illumination intellectuelle qui donne le sentiment d'immortalité? Peut-être n'est-ce que la peur de la mort, la hantise du néant ou plus prosaïquement la  volonté de laisser une trace derrière soi.  Mais, lorsque cette illumination éclaire votre nuit, une autre certitude vous saisit: vous ne pourrez plus considérer  l'univers que vous habitez comme une mécanique froide car vous savez désormais que l'univers vous habite également,  présence vivante dans laquelle votre temps individuel se perd, continuité où il n'y a plus de  début ni de fin. Mais ceci est une autre histoire que je vous conterai une autre fois...

22/11/2008

Réfléchir lentement mais agir vite.

092.jpgFolie de la vitesse plutôt que sagesse de la lenteur? Faut-il sans cesse opposer ces binômes en considérant la permanence des effets et des causes? Réfléchir lentement mais agir vite, ne voilà-t-il pas un mélange, certes contre-nature, mais qui pourrait réconcilier ceux qui agissent d'abord et qui réfléchissent après avec ceux qui prennent tout leur  temps  avant d'avancer leurs pions?  Existe-t-il une posture idéale qui permette de commettre un minimum d'erreurs de jugement ?  Il est essentiel de connaître sa marge de manoeuvre le plus en amont possible de l'action et ainsi d'apprécier ses chances de réussite ainsi que les conséquences d'un éventuel échec.   Les Lucky Luke du passage à l'acte n'ont que peu de considération pour les victimes de leurs balles perdues! Il faut avoir la patience  de prendre le train suivant s'il y en a un ou de dormir dans un hall de gare s'il n'y en a pas (pas de chance, ce soir-là tous les hôtels de la ville étaient complets à cause d'une étape du Tour de France). Il n'y a pas de honte à revenir bredouille des soldes car rater le barbecue électrique à vingt-trois euros chez Leclerc à cause d'un embouteillage n'engage pas  le pronostic vital. Que dire du don juan de discothèque qui découvre que la fille d'à côté  l'a remplacé par le premier crétin venu  plus rapide de la détente que lui (preuve s'il était besoin d'en apporter une qu'elle ne valait pas une déculottée dans la précipitation)? Celui qui sort de la cohue des esclaves du temps redeviendra maître de sa vie.

19/11/2008

Les mirages de la technologie.

Satan45.pngChaque jour que Dieu fait, je veux m'offrir un nouveau jouet ! Dans ma quête de perfection, je recherche l'outil magique, celui qui possèdera toutes les qualités. Un mirage trompeur car même l'ordinateur ultra-portable dernier cri avec processeur Duo-Core aura les défauts de ses qualités: soit un écran trop mesquin qui coupe la page en trois, soit une autonomie de chandelle qui brûle par les deux bouts ou alors une coque en plastique digne des jouets fabriqués en Chine par Mattel. Et puis, à continuellement fourbir mes épées, je finirai par ne jamais partir en croisade! Je demeurerai seul dans ma forge, éternel insatisfait. Mon oeuvre attend depuis trop longtemps. Comble de l'ironie, le stylo qui la construit ce soir est un Bic noir d'humble facture. "Le Sage montre l'étoîle mais l'imbécile regarde le doigt". Si je ne me ressaisis pas, je mourrai, sec de ma semence, tel un champ de blé resté sans épis, passé directement de l'herbe verte à la paille sèche.

15/11/2008

Une vie en carton-pâte.

salar-sel.jpgAmi, prend garde! S'il te faut écarquiller les yeux pour rester éveillé, si la mesquinerie d'une vie sans éclat menace de t'ensevelir sous une montagne d'immondices, sache que c'est à l'instant même où l'avenir cessera de te brûler les tripes que se joueront les quelques années qu'il te reste à vivre. Tiens-toi aux aguets, en équilibre sur un fil de funambule, laisse la peur du vide à ceux qui n'ont pas d'autre choix que de sombrer dans l'œil noir du néant sans s'être battu ni même débattu, corps sans âmes, silhouettes de  carton-pâte posées dans un décor de Cineccita. Il faut libérer le fauve qui croupit en toi, prédateur d'opérette nourri aux saucisses de Strasbourg, roi déchu au pelage élimé qui passe ses jours dans la stupeur et ses nuits dans l'ennui.

14/11/2008

L'éducation à refaire des péteurs de cabine d'ascenseur.

ascenseur1.jpegQue dire, que penser quand notre appendice olfactif est détourné de son inclination  naturelle pour les senteurs fleuries par d'infectes odeurs de fiente? Plus rien.  La marée montante du dégoût. Rien ne va plus, faîtes vos jeux avant de rendre l'âme! Quel est le cuistre infâme qui pollue ainsi l'atmosphère rare, - les molécules d'oxygène précieuses de ce bocal à grenouille, de cette cabine  d'ascenseur partie en chute libre vers le trente sixième dessous -, avec son méthane de bovin constipé? Le comble de l'ignominie c'est que ce crime de lèse-cabine restera impuni car tous les occupants lèvent lâchement les yeux vers le plafond afin qu'il ne vînt  l'idée à personne de les désigner à la vindicte populaire.

12/11/2008

De ce qui nous dépasse.

medium_angelica.jpgBeaucoup d'hommes et de femmes qui ne croient pas en Dieu ont un jour prié. D'autres  exigeront une preuve de l'existence d'un être supérieur avant de lui adresser une prière. Par quoi commencer? Par la profession de foi ou par l'expérience de laboratoire? Quoi qu'il en soit,  certaines personnes n'éprouveront jamais le besoin de prier parce qu'elles vivent en-deçà de toute spiritualité. Leur existence est factuelle, étroitement liée à la conquête d'avantages matériels. Le phénomène de la prière peut se passer de Dieu, c'est une affaire humaine. Rien à voir, ou si peu, avec les génuflexions et les paters appris par coeur et récités mécaniquement, sans véritable implication de ceux qui intercèdent. Ce qui prime avant tout, c'est le fait que "dans la prière nous nous élevons au-dessus de nous-mêmes ainsi que de tout ce qui nous entoure et portons nos regards dans le lointain, vers un horizon infini" (Eugène Minkowski, le temps vécu). Celui qui prie puise en lui-même pour trouver la source qui apaisera sa soif de grandeur. Il y a un mystère en chacun de nous et nous en possédons la clé: sommes-nous sur cette terre par hasard, sans avant et sans après?  Cette question nous brûle. Prier, c'est croire en l'avenir, c'est admettre que les choses peuvent changer. La prière surgit souvent dans les pires moments, en présence de la mort. Il y a des circonstances où l'espoir ne suffit plus, alors nous prions pour connaître des jours meilleurs. A cet instant, le passé n'est rien, seul compte l'avenir. En priant, nous allons aussi loin qu'il est possible d'aller, nous allons "jusqu'au bout", jusqu'à la vérité ultime de ce que nous sommes vraiment.

10/11/2008

L'impossible envol du poulet de basse-cour.

Anima-Peluche-poule-5034.jpgSi chacun de nos gestes, si chacun de nos mots qui comptent doit peser sur le destin de l'humanité, c'est parce que les mouvements de chaque instant ne sont faits que de morts et de résurrections. Tout homme qui vient au monde participe à cette œuvre collective et permet à   ceux qui l'ont précédé  d'accéder à une forme d'immortalité. Il est vain de songer à cheminer seul, de tourner le dos à ce que nous sommes vraiment :  un morceau de corps céleste, de la poussière d'étoile.  Pourquoi se condamner à vivre mal en attendant une mort d'abattoir?  Je  songe à tous ceux qui traitent avec mépris toute évocation du divin. J'ai mal pour ces amnésiques, ces trépanés qui en perdant le sentiment du divin  ont aussi perdu celui  de leur propre divinité. N’est-il pas consternant que ces oiseaux de basse-cour après s’être  coupés les ailes s'étonnent de ne plus savoir voler ?

08/11/2008

Le vertige est le carburant de nos rêves.

315987735_7392cc4d14.jpgNous habitons un monde d'évidentes absurdités.  La question est la suivante: "Sommes-nous entourés de mirages ou sommes-nous  nous-mêmes des mirages?"  Est-ce à cause de cette impression d'irréalité que beaucoup d'entre nous ne se sentent pas assez réels pour croire qu'un jour ils mourront?  Ici, le vertige est le carburant de nos rêves, le fil-à-plomb  qui nous rattache à l'humanité. Si l'existence ne devait tenir qu'à un fil, ce serait de celui-là qu'il s'agirait. Ne nous décourageons pas: le secret que nous cherchons est caché bien plus profondément que nous l'avions cru alors il faut persévérer et continuer à fouiller les décombres. Le contact avec la vérité ultime se fera hors des limites de l'espace et du temps. Il nous faut dès maintenant accepter l'idée que les rêves sont les plus grands obstacles sur notre chemin vers le miraculeux (penser à lire quelques pages du prodigieux ouvrage d'Ouspensky, "In search of the Miraculous").  L'homme de la rue est une épure, un brouillon, en tout cas il n'est pas ce qu'il peut ou devrait être. Gardons toujours à l'esprit que les différences sont ce qui importe le plus. Pour résoudre un problème de Physique ou pour comprendre ses semblables, il faut avant toute chose considérer les points de divergence.

07/11/2008

Pierre Goldman, sombre héros des années d'illusion.

8d091d2e67d7df104826216bb47fb51f.jpgPère Lachaise, 6 septembre 2007. Après avoir accepté de mettre mes pas dans ceux du hasard, je me suis laissé guider vers ma destination du jour: la tombe de Pierre Goldman. Ce sombre héros des années d'illusion n'a pas son nom inscrit sur les plans destinés aux touristes du Père Lachaise. Fash-back: le 20 septembre 1979, Pierre Goldman est assassiné en pleine rue par un commando du GAL (les services très spéciaux espagnols). Il avait 35 ans et un lourd passé de militantisme d'extrême gauche, de révolutions manquées, de philosophie, d'écriture et de criminalité. Pourquoi lui aujourd'hui? Pourquoi pas lui? Donc, une chance sur cent mille de le trouver. Après avoir dérivé sans boussole ni gouvernail au milieu de la mer des Sargasses et croisé   des mausolées grotesques (celui du Général Gérard n'est pas mal dans le genre!), c'est en escaladant un raidillon à l'écart des grandes routes maritimes que je tombe nez à nez avec une tombe parfaitement intégrée dans le paysage, marbre gris et plaque  avec nom et dates: "Pierre Goldman 1944-1979". Une sépulture comme on en creuse pour se débarrasser des morts encombrants, une tombe plutôt peu voire pas entretenue. Un lieu où personne ne vient se recueillir,   exempté de témoignages d'affection:  ni fleurs, ni couronnes, rien, un sentiment d'abandon complet. Il semblerait que les visites, - en tout cas leurs traces -, fussent rares depuis 1979. Pierre Goldman  n'est pas plus fréquentable mort qu'il ne le fut de son vivant. Comme si un simple rappel de son existence pouvait mettre mal à l'aise les Serge July ou les Régis Debray plus familiers aujourd'hui des conseils d'administration ou des ors des palais de la République que des réunions clandestines dans les bars du quartier Latin.

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