29/10/2008
Des hommes et des femmes d'exception.
L'homme croit que sa soif de justice est la preuve de son caractère divin. S'il produit des martyrs et s'il fabrique des héros, c'est un leurre, un attrape-nigaud car personne ne ressemble à ces modèles, nul ne peut les imiter parce qu'ils sont inimitables, ces hommes et ces femmes d'exception ont tous une caractéristique commune: leur inhumanité. Ainsi, la preuve qu'ils étaient censés apporter d'une domination de l'esprit sur le corps est un faux grossier. La soif de justice de ces âmes bien trempées, l'idéal de vie prôné par ces ascètes, la noblesse de ces coeurs purs, tout cela n'est que foutaise et arguties. Il s'agit de guider la meute vers des sommets inaccessibles, d'accroître la performance, d'organiser la sélection naturelle en incitant les meilleurs éléments à viser l'excellence: le sacrifice sans se poser de questions.
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26/10/2008
De la folie d'être trop sages.
Vivre au ralenti équivaut à mourir en accéléré. Les émotions ne se bradent pas. Il n'y a pas d'argus pour les sentiments. Celui qui n'a pas choisi sa vie parce qu'il a trop longtemps hésité entre une illusion confortable et un risque calculé mourra avec un goût d'inachevé dans la bouche. Pour ne rien regretter de ces quelques dizaines d'années, il faut se hâter, courir à grandes enjambées sur les sentiers de montagne, il faut vivre au péril de sa vie pour ne pas mourir pendant son sommeil. La Belle au bois dormant aurait pu se réveiller vieille et laide sans la magie d'un sortilège bénéfique. Soyons fous, soyons sages!
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24/10/2008
De l'art des ivrognes pour bien tituber.
Ami, je bois à ta santé chancelante , je bois à tes amours contrariées, je bois à ta jeunesse avant qu'elle ne te quitte pour un amant plus présentable, je bois à tes chimères, ces illusions fatales qui t'ont pourri la vie! Comment un être supérieur, doué pour le bonheur, a-t-il pu en arriver là? Frère de malheur, notre première erreur ne fût-elle pas de refuser de choisir? Car pour prendre la bonne route, il aurait fallu bifurquer vers une vie qui mène quelque part. En refusant d'accepter que nous ne venons pas de n'importe où mais d'un lieu prodigieux qui ne méritait pas d'être quitté, nous marchons certes, - ou plutôt nous titubons -, vers un néant ordinaire, vers la voie sans issue des vies qui ne valent pas la peine d'être vécues, en fait vers nulle part, cette destination si prisée par les V.R.P. (Voyageurs Repus de Paysages), ces mendiants qui n'ont plus rien à vendre, pas même leur âme au diable. Souvenons-nous que rien ne sert de courir (après sa vie), il suffit de tomber à point lorsqu'il sera l'heure d'y aller. Pourquoi naître et être, alors qu'il est si facile de paraître et de disparaître ? Céder à la facilité, ne pas compliquer les choses et se laisser porter par le flot ininterrompu des factures à payer. Vers quels abîmes nous mène la parole donnée avec trop de légèreté !
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23/10/2008
Des voyages comme un remède pour fuir l'idée d'une mort prochaine.
L’existence est un bûcher où notre espérance (de vie) se consume inexorablement. Ne devrait-on pas dire « vivre à petit feu » plutôt que « mourir à petit feu » ? Qu’importe puisque ce qui brûle c’est ce que nous fûmes et que nous ne serons plus, c’est ce que nous voulions faire et que nous n’avons pas fait. Les voyages nous distraient de la rémanence de l’idée d’une mort prochaine. Les grands voyageurs souffrent de l’addiction à un remède dont ils ne respectent plus la posologie depuis longtemps. Un aller-retour Paris-Istanbul en Orient-Express si l’angoisse existentielle le nécessite, un tour du monde en voilier pour détourner la vigilance de la faucheuse (à n’utiliser qu’en cas de maladie incurable ou d’abus de philosophies occidentales – Schopenhauer, Platon ou Nietzsche). Si le malade rechute, visite du Père-Lachaise avec haltes obligatoires devant le caveau d’Anna de Noailles et la statue d’Oscar Wilde. Chaque pas en avant est un pas dans le vide avec l’espoir qu’au dernier moment le sol ne se dérobe pas sous nos pieds.
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22/10/2008
De ceux qui perdent leur temps.
Le présent a parfois du retard, il s'agit d'un temps donné à titre indicatif. Arrivé trop tôt, il fait encore les cent pas dans le hall du Futur. Arrivé trop tard, il ne peut que regarder s'éloigner le train du passé (simple ou composé selon qu'il y ait un ou plusieurs wagons). Avoir le temps, c'est posséder un bien précieux, de plus en plus rare, convoité. Avoir du temps à soi constitue le degré suprême de la réussite sociale car alors vous n'avez plus l'obligation de le partager avec d'autres. Perdre son temps, c'est se sentir dépouillé d'un bien propre par le commun des mortels. Il est aussi grave de perdre son temps que de perdre son sang: il arrive un moment où l'homme pressé s'allonge et meurt devant le cadran immobile de l'horloge.
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21/10/2008
De l'ignorance de ceux qui savent.
Que faire de ces prisons que nous avons prises un malin plaisir à bâtir autour de nous et dont les murs finiront par nous cacher la profondeur et les perspectives du monde réel, le monde de l'esprit? Car les hommes ont écrit des livres sur tout, accumulé des informations extraordinairement détaillées sur des galaxies situées à des milliards d'années lumières, mais que savent-ils d'eux-mêmes? Je veux dire que les savants qui ont trouvé le secret de l'atome ne connaissent ni le pourquoi ni le comment de leur propre existence. En vérité, la seule certitude que nous pouvons avancer sur la réalité du monde extérieur, c'est qu'il n'existe pour nous que lorsque nos sens en communiquent l'écho à notre cerveau. Berkeley a ainsi démontré qu'en dehors d'un esprit apte à le concevoir, le monde matériel est inexistant. Donc, si je poursuis ce raisonnement jusqu'à l'absurde (et je suis loin d'être le premier à le faire), l'univers dans son immensité nous doit la vie et devrait nous en être reconnaissant.
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20/10/2008
Du sens à donner à sa mort.
Lorsque nous sommes nés le monde extérieur nous est apparu comme une nouvelle dimension, un univers hostile parce que complètement inconnu. C’est de la désinformation, de la propagande que de vouloir nous faire croire à la beauté de ces instants-là : la naissance quoi qu’on en dise, est une plongée dans l’horreur, un viol, une agression. Le naissant comme le mourant appréhende une épreuve: la plongée dans le néant. Mais la comparaison s’arrête-là car le naissant sort d’un état végétatif avec une conscience peu développée. Pour quelques uns d’entre nous, la peur de la mort est une chance extraordinaire puisqu’elle nous incite à bâtir une vie d’exception, pleine de bon sens. Pour tous, même pour ceux qui ont nié leur condition leur vie durant, la proximité de la mort introduit une ouverture immanente par laquelle chacun peut grandir et enfin écouter la vérité de son être, parfois malheureusement pour établir le constat accablant qu'il est passé à côté de sa vie. Cette vie absurde faite d’une suite morcelée d’instants vécus, dépourvus de sens. Si nous parvenons à concevoir que nous sommes plus que de la chair à canon, ces mêmes instants sans logique apparente pourront être perçus comme une continuité d’accomplissements successifs.
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19/10/2008
De la fin programmée de toute entreprise humaine.
A trop singer les animaux de cirque nous risquons de terminer notre existence en faisant des numéros ridicules devant un parterre d'enfants cruels. Il est primordal de garder intact au fond de soi l'instinct de révolte."L'homme est ce qui doit être dépassé" (Nietzsche). Plier mais ne jamais rompre, courber l'échine mais ne jamais mettre un genou à terre. En effet, rien ne justifie de s'abaisser devant notre prochain, mot improbable qui souligne le caractère interchangeable de chaque individu dans ses rapports avec les autres. Il y a ceux qui suivent passivement les ordres établis et il y a ceux qui exposent leur vie. Pour celui qui se bat, "dangereux est le passage, dangereux est le cheminement" mais le véritable péril ne serait-il pas de prendre peur et de s'arrêter en chemin? Pour l'être profondément médiocre, celui qui nie la vigueur des passions, en amour, la grande affaire de notre vie, ceux et celles qu'il étreint aujourd'hui, plus ou moins brièvement, seront remplacés demain par d'autres aussi irremplaçables que les précédents. La part du hasard et le poids de la nécessité de jouir commandent la mise entre parenthèses de notre désir de solitude. L'homme, animal social par essence, souffre autant du contact avec ses frères que d'un exil involontaire du monde. Seul sur son île, Robinson glisse chaque jour un peu plus vers la folie mais l'arrivée de Vendredi le jette dans les flammes de l'enfer d'une vie de couple agitée. Ce qui nous construit un jour, nous détruira le jour suivant. Dans toute relation qui débute il y a une fin programmée.
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18/10/2008
De l'insoutenable légéreté du mal-être.
Quelle importance accorder au temps qui ne passe plus, immobile gardien d'une invisible prison? Que faire de ces outils qui nous encombrent les mains? Que bâtir sur les décombres de ce monde dénué de sens? J'erre de cimetières en squares et d'églises en terrains vagues, la tête harassée de silence et les jambes perclues de crampes. Toute cette agitation devrait s'arrêter bientôt, la pomme de Newton n'est-elle pas condamnée à s'écraser au nom de la loi impitoyable de la gravité? J'aimerais repartir pour quelque part avec le plein des sens et des semelles en gomme tendre sous la plante des pieds. Qu'il y a-t-il de plus beau que mûrir dans son plus bel âge? Je regagnerai la côte en nageant jusqu'à ce que mon front se cogne aux falaises de craie. J'écris, pour voler le feu, pour éteindre la lumière et aussi pour réduire la sédition des extrêmes, ces territoires de mon corps devenus étrangers à force de grandir dans l'ignorance de leurs origines. Ami pèlerin, tu dois forcer les blocus, briser les miroirs, épouser les tempêtes et surtout refuser toutes les certitudes. L'existence est ainsi faite qu'il n'y a pas de place pour ceux qui laissent filer leur vie sans tenter d'en comprendre la signification.
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16/10/2008
De la survie de l'espèce.
Il n'y a qu'un présent et il est toujours, car il est la seule forme de l'existence véritable. C'est ainsi que Schopenhauer conçoit la vie humaine, comme une succession d'évènements qui s'inscrivent dans une continuité parfaite. Le passé comme le futur n'y ont aucune réalité empirique. Du néant qui précède la conception au néant qui succède à la mort il y aurait beaucoup à écrire. Tout d'abord, s'il est incontestable que l'individu s'efface, il faut admettre que l'espèce survit. La procréation est déjà une forme aboutie d'immortalité: chaque génération transmet à la suivante ses caractéristiques biologiques et son bagage culturel. Même s'il y a beaucoup de déperdition et des inégalités entre les individus, l'espèce va de l'avant. Et si un lien de cause à effet existait entre la naissance et la mort? Ainsi la plupart des pays riches présentent un solde démographique nul avec autant de naissances que de décès. Ce constat est d'autant plus troublant que la durée de vie s'allonge. Que penser du baby boom qui a succédé à la deuxième guerre mondiale ou de la surnatalité des peuples ayant connu des génocides ou des catasprophes naturelles majeures? Il y a donc bien une régénération de l'espèce programmée dans nos gènes individuels et qui influe sur le comportement de groupes humains entiers.
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