31/08/2008
Des peintures rituelles sur les murs de nos villes.
Les premières traces de création artistique sont-elles des tags ou des graffs? Si l’on considère les dessins et les inscriptions retrouvées trente mille ans après leur réalisation à Lascaux, il paraît probable que nous nous trouvions face à de peintures rituelles ayant pour vocation d’attirer sur la tribu les bonnes grâces du gibier. Rien à voir donc avec les tags, signatures laissées au hasard comme marques d’un territoire urbain par des auteurs souvent très éloignés du moindre sentiment esthétique. Mais à la réflexion, toutes les grottes n’ont pas été graffées, certaines ont bel et bien été taguées ! Imaginez un instant dans trente mille ans, quelle haute idée de notre civilisation auraient les archéologues qui exhumeraient des wagons de R.E.R. tagués ! Mais heureusement, il y aura les graffs, ces immenses fresques très colorées qui colonisent les murs des usines désaffectées qui eux ne laisseront planer aucun doute sur le talent de leurs auteurs. Le graffiti tel qu'il se pratique de nos jours naît dans les villes nord-américaines, à la fin des années soixante-dix, quand les jeunes Noirs et Portoricains des ghettos revendiquent leur existence par fresques murales interposées. Ils n'inscrivent alors que leur nom, le plus souvent un pseudo. Tag , en anglais, signifie d'ailleurs signature. Il se différencie du graff par son aspect hiéroglyphique et monochrome. Face à ces deux phénomènes, médias et administration adoptent généralement des attitudes différentes : les tags sont proscrits tandis que les graffs sont considérés comme des œuvres d’art. Au milieu des années 1980, le graffiti arrive en Europe sous influence new-yorkaise. Y a-t-il un terrorisme de la bombe à peinture? Pourtant le climat politique actuel semblerait peu favorable à l’épanouissement de cet art des rues, quel qu’en soit le mode d’expression. Les sociologues expliquent l’inscription murale comme étant un acte de résistance à l’indifférence et à la normalisation. Souvent action collective d’un groupe structuré, le tag se différencie du bon vieux graffiti individuel à caractère sexuel laissé sur les murs des WC publics. Il s’agit pour le tagueur de signifier son existence dans un territoire en extension, de manifester son désarroi face à un univers déshumanisé.
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29/08/2008
Des détails de l'histoire.
De nos jours, peu de gens s’arrêtent aux détails. Mais n’est-ce pas là une erreur à laquelle succombe le genre humain parvenu à un état suprême d’évolution ? Ce sont pourtant les détails qui font les chefs-d’œuvre de l’art et ceux de la vie. Du verbe «détailler» on extrait «taille» qui signifie entre autre «hauteur du corps humain». Déjà, au onzième siècle, «La Chanson de Roland» familiarise l’expression «tailler des croupières» devenue très populaire depuis et «taillandières» qui s’applique à de jeunes et jolies personnes aux mœurs très légères, autrement nommées «lavandières» ou «vivandières». Vers la même époque, toute une école de graveurs passés à la clandestinité commercialisent des images représentant le détail des mœurs intimes de leurs contemporains. Ces «tailleurs d’images», tel était leur nom, exerçaient leur art sous le manteau, bien sûr ! André Chénier, le poète sans tête, ne s’y est pas trompé qui consignait sur son calepin des «Gracques» : ces détails se gravaient dans mon cœur agité . Il pouvait l’être, agité, le cœur du petit André, mais qu’il se rassure, bien avant lui la très prude Madame de Sévigné avait connu les affres de la trilogie mari-femme-amant : Vous savez , écrivait-elle à sa fille, Madame de Grignan, que nous avons réglé que l’on hait autant les détails des gens que l’on n’aime guère qu’on les aime de ceux que l’on aime beaucoup. Diderot que l’on n’attendait pas en pareille posture et que je soupçonne d’avoir eu d’inavouables penchants pour le sexe fort, écrivait dans son «Eloge de Richardson» : Les détails de Richardson déplaisent et doivent déplaire à un homme frivole et dissipé… comme moi, néglige-t-il de préciser. La toujours exubérante Madame de Sévigné remue le couteau dans la plaie et confesse tout de go : Je lui racontais tout le détail de nos misères. A qui? Quand ? De quoi ? Que nous importe ! L’essentiel est de savoir que le confesseur de la noble dame ne s’ennuyait pas à vêpres. Un autre homme d’église, Fénelon, exhortait ses fidèles avec ses commandements : Vouloir tout examiner par soi-même, c’est défiance, c’est petitesse, c’est se livrer à une jalousie pour les détails qui consume le temps et la liberté d’esprit nécessaires pour les grandes choses. Mais avait-il lui-même l’esprit occupé à autre chose, cet homme de robe qui ajoutait : Un esprit épuisé par le détail est comme la lie du vin qui n’a plus ni force ni délicatesse. Comme lui, le commun des mortels n’échappe pas à cette inexplicable prédisposition à regarder s’agiter les froufrous : Les chaircutiers de Paris ont une particulière manière à détailler les lards , ou comme le constate Montesquieu: Les hommes fripons en détail sont en gros de très honnêtes gens. Le monde animal est lui aussi pénétré de ces mœurs bestiales comme nous le conte le sire de Palissy : La grole, pensant que ledit renard fust mort, se va poser sur son ventre, pensant de son membre que ce fust quelque chair déjà commencée à détailler?
En somme, cette revue de détails me laisse comme un doute : est-ce un remords? Est-ce un regret?
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28/08/2008
Des éclaireurs partis en reconnaissance.
Mon frère, le temps puise aisément dans l'ingéniosité des êtres raisonnables. Nos anges gardiens sont partis, dans un fort battement d'ailes. Ils volent, de plus en plus près du sol, comme pour reconnaître des terres nouvelles.
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27/08/2008
De la toîlette des grands fauves.
Par nature l’homme est un animal propre et raffiné mais toi, dès l’enfance, tu as pris le mauvais pli de ne pas te laver tous les jours. Cela te plait même de te sentir un peu sale. Et si j’emploie le verbe « sentir » ce n’est pas au figuré : il est futile de nier que notre corps pue à ses heures, que sa véritable odeur n’est pas celle du savon. Tout le monde fiente, et les rois, et les philosophes, et les dames aussi (Montaigne). Il en va de même de la toilette, à une différence près, c’est que sur ce point beaucoup se négligent. Si tu apprécies modérément les immersions, tu n’en prolonges pas pour autant la cohabitation entre la pestilence qui croît au fil des heures et l’odorat sensible dont la nature t’a gratifié. Plus ou moins tôt, selon la saison ou les efforts physiques accomplis, arrive le moment où, séance tenante, tu ressens le besoin impérieux de laver les écuries à grandes eaux. Bien que de cette pénible attente naisse la subtile délectation de pouvoir donner un peu de tendresse à ton enveloppe charnelle, tu estimes salubre de te baigner à intervalles réguliers. Avec quelle frénésie redécouvres-tu alors que tu es au monde, doté d’un corps bien vivant et capable de séduire. Aux orties les miasmes nauséabonds, oubliée l’humiliation des ongles sales, derrière toi la trahison des cheveux gras. Lavage, rinçage, décrassage, la toilette efface les taches et redonne du lustre aux chairs. Pour obtenir le meilleur résultat il te faut respecter un enchaînement immuable des ablutions : l’eau et le savon de Marseille pour le cou, les aisselles, les fesses et le sexe, le shampoing à la pomme verte pour les cheveux. Et, enfin, apporter la dernière touche avec une bonne friction à l’eau de Cologne aux essences fraîches [verveine, citron vert, thym, romarin et vétiver].
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Des problèmes et de leur solution.
Parce que tu ignores d’où te viennent ces vagues qui meurent une à une sur la grève du désir d’être. Parce que tu as cédé aux appels d’une vie que tu savais mauvaise, par lâcheté autant que par ignorance. Parce qu’un mot de trop n’excuse pas des années de silence. Parce que la soif n’est qu’une fièvre passagère qui monte au front baïonnette au fusil. Parce que nul ne trouvera en terre étrangère le mécanisme savant de l’univers. Parce que chaque femme détient le cycle des saisons et des marées qui vont et viennent à leur gré. Parce que somnolant dans un fauteuil, une fourchette entre les doigts, tu as sursauté lorsqu’elle chuta dans l’assiette posée à tes pieds. Parce que ce subterfuge t’a permis d’enfin trouver la fin que tu cherchais. Parce qu’à trop penser on finit par rester devant la porte, seul, et qu’il n’y a qu’une seule solution à chaque problème : l’énoncer.
09:45 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, philosophie, poésie, journal intime, vive la vie, spiritualité
25/08/2008
De l'art de tout perdre sauf son temps.
Au greffe de la Santé, ta fiche anthropométrique t'a trahi: visage mal rasé malgré la toilette matinale, cheveu rare, oreille défaillante qui se prête aux malentendus. Tu es de la race de ceux que l'on déboute, de ceux qui boivent le bouillon, de ceux qui y laissent des plumes. "Je perds, je m'y perds, j'y perds", tu pourrais ainsi conjuguer jusqu'à plus soif, décliner à la demande, le verbe "perdre". Mais le temps du vaincu, du culbuté, de l'écrabouillé vaut-il moins cher que celui de l'éternel vainqueur, du tailleur en pièces patenté ou de l'asservisseur cravaté? Probablement pas. Alors, faut-il guérir de ce cancer impardonnable qu'est l'absence de combativité? Faisons le point sur l'état d'avancement des progrès de la science en la matière: il n'existe pas de remède connu et le mal est incurable. Le patient n'aura donc aucun intérêt à changer de rasoir ou à s'épiler le menton à la cire. De même, inutile qu'il gaspille son maigre salaire pour acheter à prix d'or des lotions miraculeuses qui ne feront qu'accélérer la chute de ses derniers cheveux. Je déconseille également le cataplasme à base d'urine de yack (outre l'odeur épouvantable, il peut provoquer des brûlures au troisième degré). En conclusion, je t'encourage à faire preuve de discernement et à cesser sur l'heure de tenter de remonter les chutes du Niagara à la nage. Il faut s'accepter tel que l'on est et comme le lépreux évite de se gratter à tout bout de champ, toi évite les miroirs, les sociétés multinationales et les écoles supérieures de commerce. Ainsi, tu pourras toujours répondre aux donneurs de leçons que ce qu'ils croyaient que tu n'avais pas compris, en fait tu ne l'avais simplement pas entendu. Pour ta calvitie, console-toi en songeant qu'Humphrey Bogart et Warren Beatty portaient des prothèses capillaires, ce qui ne les a pas empêché de séduire les plus femmes d'Hollywood. Looser, mon frère, pour gagner la paix de l'âme, il faut n'envier personne. Accorde plutôt de la compassion à tous ces chasseurs de médailles qui ont le sentiment d'avoir échoué s'ils ne montent pas sur la première marche du podium. En effet, la mort rôde sous leurs fenêtres: l'ulcère, l'infarctus ou l'accident vasculaire cérébral guettent tous ces décrocheurs de timbales. Pense aussi que celui qui a tout gagné a tout à perdre! Tu me diras que ces belles paroles t'ont mis du baume au coeur mais que la blessure se réouvrira à la moindre contrariété, que la vie continuera à te faire des enfants dans le dos et à te donner des coups de pied dans le ventre. Le cocu qui connaît sa situation n'a plus de raison d'être jaloux. Il n'a plus l'incertitude pour le tarauder et le poison du doute ne lui fera pas commettre l'irréparable. D'après toi, pourquoi le perdant, le vrai, celui qui s'accepte tel qu'il est, franchit-il tous les obstacles sans encombre? Eh bien, simplement parce qu'il ne les voit pas! Alors, revendique haut et fort ton statut de dernier de la classe, détache-toi des futilités de ce monde. Il est probable que si tu n'accèdes pas à la sainteté, tu pourras au moins couler des jours tranquilles.
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24/08/2008
Des embuscades et de ceux qui n'en réchapperont pas.
Quelques réflexions destinées aux soldats de fortune et d'infortune.
"Le temps me tente dans sa brièveté" pensait le caporal D. au moment où la roquette lui explosa au visage. "Pas de longueurs, pas de graisses, des nerfs seulement, mener ma vie tambour battant" venait de lui confier son voisin de gauche, un croate fier de son recrutement dans la légion étrangère. Lorsque les premiers tirs fusèrent sur la patrouille, le lieutenant G. regretta amèrement de ne pas avoir donné à son détachement les vraies consignes, celles qui auraient permis à la bleusaille de sauver sa peau en cas de coup dur: "Combattre sans rechigner mais en sachant que la fuite évite de mourir d'une mauvaise mort et ne pas courir vers les balles qui ne vous sont pas destinées".
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23/08/2008
De l'intranquillité chez Fernando Pessoa.
(Ecrit d'une main agile dans les marges de Fernando Pessoa)
La révolte est un état naturel de l'âme, elle la trempe, l'aiguise, lui donne corps. Créer, c'est révéler: la sculpture est déjà dans le marbre avant même que l'artiste ne donne le premier coup de burin. L'invention d'un trésor, c'est sa découverte. Chacun de nous possède des forces surhumaines, inutiles car jamais sollicitées. Pessoa a usé sa vie à esquiver les coups, satisfait de ne pas avoir sombré dans l'oeil noir du néant. Tactique dangereuse pour les boxeurs de la rue car le premier coup qui les atteint leur arrache la moitié du visage. Surgissent alors des terreurs oubliées, peur de la nuit, peur du feu, peur de l'autre. Rien à faire! Chaque geste nous éloigne au lieu de nous rapprocher de la vérité de ce que nous sommes. Pourquoi cet acharnement à vivre si la mort doit effacer la somme de nos efforts? Comme une équation démontrée sur le tableau noir, la justification de cette lutte furieuse réside dans l'acte: FAIRE....
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Des vocalises pour enfin trouver sa voix.
Mon nombre suit son ombre qui compte sur ses doigts pour être sûre d'y trouver son compte d'argent comptant. Ma voix essuie sa voie de ses montagnes poussières que le vent entraîne vers les prairies de la mer. Mes traits tracent leurs traces que la terre burine en empreintes creuses croisées comme des pas perdus dans une gare. Mon nombre étend son ombre à mesure que s'écoule le sable du soleil sur une plage d'ombre à l'heure de la marée noire. Ma voix poursuit sa voie en plantant-là le décor des corps, immobile de mouvements faux faits de sables en suspend. Mon trait trahit mes traces qui s'effacent à reculons, aspirées par le vent, peur des pièces à conviction?
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21/08/2008
De la beauté singulière des femmes de quarante ans.
Ah, la beauté fanée des femmes de quarante ans, comme elle me touche aujourd'hui! Il y a tant d'humanité dans ces traits défaits, tant d'émotion contenue dans ces poitrines palpitantes, tant de senteurs nouvelles dans ces corps emportés par les tempêtes de la vie! Finis les ventres ronds affamés de rires d'enfants, finis les seins fermes qui se dressent avec arrogance face au désir des hommes! La femme de quarante ans est pragmatique certes sans être insensible à une touche de romantisme si la situation s'y prête. Mais elle possède plus que tout un sens aigu des réalités. Sans exagérer le maquillage, elle séduit facilement des hommes beaucoup plus jeunes qu'elle. En résumé, pour le bonheur de tous, les femmes mûres sont des fruits qui se cueillent sans effort, d'une seule main (pourvue qu'elle soit douce).
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