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23/09/2007
De l'apprentissage des langues étrangères.
Le temps, bien précieux entre tous, nous est compté. Nous naissons, ignorant de tout et ignoré de tous, puis commence le lent apprentissage de la langue des hommes. Mot à mot nous découvrons le sens d'un dialecte qui a du mal à nous devenir familier car il n'a rien de commun avec celui employé dans notre vie d'avant. Puis nous grandissons et nous occupons de plus en plus d'espace avec ce corps impossible à apprivoiser qui se couvre de poils, sent la transpiration, mastique bruyamment une nourriture infecte, digère avec difficulté la viande des autres animaux en la laissant pourrir dans ses boyaux, ce corps ingrat qui pisse et défèque, qui copule avec d'autres corps semblables ou mal assortis, jetant aux mille diables des sécrétions gluantes. La vie, c'est donc çà? Un spectacle de cirque où un homme,en habit queue de pie et un fouet à la main, tente de faire sauter un grand fauve à travers un cercle de feu ! Prisonniers de notre corps, esclaves d'un maître exigeant, nous nous oublions car chaque minute de notre existence lui est consacrée: manger, boire, dormir, se laver, marcher, courir, sauter, jouir, se faire mal, tomber malade, guérir, hors de lui, il ne se passe rien.
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21/09/2007
Des mirages trompeurs de la technologie.
Chaque jour que Dieu fait, je veux acquérir un nouveau jouet ! Dans ma quête de perfection, je recherche l'outil magique, celui qui possèdera toutes les qualités. Un mirage trompeur car même l'ordinateur ultra-portable dernier cri avec processeur Duo-Core aura les défauts de ses qualités: soit un écran trop mesquin qui coupe la page en trois, soit une autonomie de chandelle qui brûle par les deux bouts ou alors une coque en plastique digne des jouets fabriqués en Chine par Mattel. Et puis, à continuellement fourbir mes épées, je finirai par ne jamais partir en croisade! Je demeurerai seul dans ma forge, éternel insatisfait. Mon oeuvre attend depuis trop longtemps. Comble de l'ironie, le stylo qui la construit ce soir est un Bic noir d'humble facture. "Le Sage montre l'étoîle mais l'imbécile regarde le doigt". Si je ne me ressaisis pas, je mourrai, sec de ma semence, tel un champ de blé resté sans épis, passé directement de l'herbe verte à la paille sèche.
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19/09/2007
Du devoir de rester éveillé.

Ami, prend garde! S'il te faut écarquiller les yeux pour rester éveillé, si la mesquinerie d'une vie sans éclat menace de t'ensevelir sous une montagne d'immondices, sache que c'est à l'instant même où l'avenir cessera de te brûler les tripes que se joueront les quelques années qu'il te reste à vivre. Tiens-toi aux aguets, en équilibre sur un fil de funambule, laisse la peur du vide à ceux qui n'ont pas d'autre choix que de sombrer dans l'œil noir du néant sans s'être battu ni même débattu, corps sans âmes, silhouettes de carton-pâte posées dans un décor de Cineccita. Il faut libérer le fauve qui croupit en toi, prédateur d'opérette nourri aux saucisses de Strasbourg, roi déchu au pelage élimé qui passe ses jours dans la stupeur et ses nuits dans l'ennui.
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17/09/2007
De l'art de disparaître sans avoir à donner d'explications.
Consignes données à ceux qui voudraient que leurs poursuivants ne retrouvent jamais leurs traces.
Il faudra que tu parviennes:
- à flotter à quelques centimètres du sol comme une brume matinale que les premières chaleurs du jour disperseront,
- à ne pas prendre pied, à rester au-dessus de la mêlée,
- à garder tes distances avec une réalité peu gratifiante,
- à travailler ton inconsistance,
- à polir ta transparence,
- à passer inaperçu même vêtu d'un lourd manteau,
- à savoir te faire oublier des mémoires (celles des fichiers de police comme celles des vieilles maîtresses qui, frustrées par une vie sans relief, se rappeleraient à ton mauvais souvenir),
- à rester sur la touche jusqu'à la fin du match (à fuir également les vestiaires et leurs rites idiots),
- à marcher à pas légers loin derrière le troupeau (ou loin devant si les circonstances l'exigent),
- à fuir comme la peste les rendez-vous galants,
- à ne jamais sourire à une femme seule assise à la terrasse d'un café ou dans une rame de métro (éventuellement à une femme accompagnée pour satisfaire ton goût stupide pour la séduction sans suite et donc sans fin),
c'est en respectant ce mode de vie, ami, que tu passeras à côté du pire, du meilleur aussi, et surtout que tu ne seras plus jamais exposé à la jalousie des autres car, pour eux, tu n'existeras tout simplement plus.
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16/09/2007
Des causeries sans intérêt ni capital.
Parler pour ne rien taire possède au-moins la vertu de muscler les zygomatiques des beaux parleurs. Ce n'est pas une raison suffisante, j'en conviens, pour solliciter l'attention bienveillante d'un auditoire acquis à sa cause. Et c'est en désespoir de cause que moi, l'avocat des causes désespérées, moi qui ai perdu l'espoir d'être mis hors de cause, convaincu que je suis de l'intérêt du cousu-main, j'ai perdu la main sans en connaître la cause, trop sûr de mon talent d'orateur pour envisager que je ne puisse pas tenir mon public en haleine, alors que je ne pouvais pas ignorer que le désespoir fait causer surtout ceux qui n'ont plus intérêt à garder la main, ceux-là même qui finissent par perdre pied dans les marécages des propos tenus du bout des lèvres, propos qui n'engagent ni celui qui cause ni ceux qui ne feignent même plus de l'écouter.
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Des grands voyageurs et des limites de l'espace-temps.
TGV Paris-Bordeaux, le 13 septembre 2007. Voyager, c'est déplacer le centre de gravité de sa vie sans rien modifier d'autre que sa position sur les cartes célestes. L'existence s'évalue comme une trajectoire en ellipse de corps sidérés dont la composition chimique est identique à celle des météorites. Ainsi, tout se perpétue, rien ne change dans ce que nous sommes, nous vieillissons à l'identique de ce que nous fûmes et en conformité avec ce que nous serons au terme du périple.
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15/09/2007
De la sagesse de ceux qui prennent leur temps avant de tirer leur révérence.
Folie de la vitesse plutôt que sagesse de la lenteur? Faut-il sans cesse opposer ces binômes en considérant la permanence des effets et des causes? Réfléchir vite mais agir lentement, ne voilà-t-il pas un mélange, certes contre-nature, mais qui pourrait réconcilier ceux qui agissent d'abord et qui réfléchissent après avec ceux qui prennent tout leur temps avant d'avancer leurs pions? Existe-t-il une posture idéale qui permette de commettre un minimum d'erreurs de jugement ? Il est essentiel de connaître sa marge de manoeuvre le plus en amont possible de l'action et ainsi d'apprécier ses chances de réussite ainsi que les conséquences d'un éventuel échec. Les Lucky Luke du passage à l'acte n'ont que peu de considération pour les victimes de leurs balles perdues! Il faut avoir la patience de prendre le train suivant s'il y en a un ou de dormir dans un hall de gare s'il n'y en a pas (pas de chance, ce soir-là tous les hôtels de la ville étaient complets à cause d'une étape du Tour de France). Il n'y a pas de honte à revenir bredouille des soldes car rater le barbecue électrique à vingt-trois euros chez Leclerc à cause d'un embouteillage n'engage pas le pronostic vital. Que dire du don juan de discothèque qui découvre que la fille d'à côté l'a remplacé par le premier crétin venu plus rapide de la détente que lui (preuve s'il était besoin d'en apporter une qu'elle ne valait pas une déculottée dans la précipitation)? Celui qui sort de la cohue des esclaves du temps redeviendra maître de sa vie.
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Pierre Goldman: Des causes perdues et de leurs défenseurs maladroits.
Père Lachaise, 6 septembre 2007. Après avoir accepté de mettre mes pas dans ceux du hasard, je me suis laissé guider vers ma destination du jour: la tombe de Pierre Goldman. Ce sombre héros des années d'illusion n'a pas son nom inscrit sur les plans destinés aux touristes du Père Lachaise. Fash-back: le 20 septembre 1979, Pierre Goldman est assassiné en pleine rue par un commando du GAL (les services très spéciaux espagnols). Il avait 35 ans et un lourd passé de militantisme d'extrême gauche, de révolutions manquées, de philosophie, d'écriture et de criminalité. Pourquoi lui aujourd'hui? Pourquoi pas lui? Donc, une chance sur cent mille de le trouver. Après avoir dérivé sans boussole ni gouvernail au milieu de la mer des Sargasses et croisé des mausolées grotesques (celui du Général Gérard n'est pas mal dans le genre!), c'est en escaladant un raidillon à l'écart des grandes routes maritimes que je tombe nez à nez avec une tombe parfaitement intégrée dans le paysage, marbre gris et plaque avec nom et dates: "Pierre Goldman 1944-1979". Une sépulture comme on en creuse pour se débarrasser des morts encombrants, une tombe plutôt peu voire pas entretenue. Un lieu où personne ne vient se recueillir, exempté de témoignages d'affection: ni fleurs, ni couronnes, rien, un sentiment d'abandon complet. Il semblerait que les visites, - en tout cas leurs traces -, fussent rares depuis 1979. Pierre Goldman n'est pas plus fréquentable mort qu'il ne le fut de son vivant. Comme si un simple rappel de son existence pouvait mettre mal à l'aise les Serge July ou les Régis Debray plus familiers aujourd'hui des conseils d'administration ou des ors des palais de la République que des réunions clandestines dans les bars du quartier Latin.
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