26/05/2006

Des spectateurs du changeant théâtre de ce monde.

Tout à l'heure, je me suis allongé sur le canapé et j'ai fermé les yeux. Il ne s'agissait pas de dormir mais au contraire de m'éveiller, de m'enfoncer dans mon vrai moi. « J’existe »  et pendant quelques instants je veux me concentrer essentiellement sur cette certitude : la réalité de mon existence propre dans ce qu’elle a de plus singulière. Je me suis rendu « disponible » pour me mettre au diapason de la tempête. Un peu d'air frais passait sous la porte-fenêtre du salon qui me donnait une agréable sensation de frilosité. En effet, c’est lorsque nous frissonnons, sans néanmoins avoir le désagrément de l’hypothermie que s’ouvrent en grand les portes de la perception. En apesanteur, comme hypnotisé  par le ballet incessant du vent et de la pluie, aux aguets entre veille et sommeil, je suis revenu au plus près de ce que suis vraiment. Une heure de parfaite réception des messages que notre surdité coutumière ne nous permet pas d'entendre. Dans un monde en perpétuel mouvement, que sommes nous, sinon des masses d’émotions et de pensées changeantes ? Le véritable scandale n'est-il pas d'être obligé d'appeler temps normal, le temps sur lequel nous n'avons aucun contrôle et que nous abandonnons sans combattre aux charognards? Quand donc déciderais-je une fois pour toutes d’accepter sans réserve l’idée que j’appartiens à l’univers et que je ne dois rien à personne car le service rendu ne justifie jamais le prix à payer ? Aujourd’hui, je sais que j’ai été heureux car j’ai retrouvé pendant quelques minutes le point de la conscience d’où peut s’exercer l’observation de la continuité du moi, en spectateur du changeant théâtre de ce monde[1].



[1] Le Sentier caché, Paul Brunton.