28/08/2005
Des amis de trente ans.
De nulle part à une date indéterminée.
Cher vieux,
Vraiment heureux que tu envisages pour bientôt l'entrée dans tes nouveaux murs qui je l'espère ne seront pas une prison de plus. Heureusement pour toi, le mouvement a pour fonction première de nous libérer de l'immobilité et si Antoine de Lapalisse l'a pensé très fort moi je l'ai dit. En dehors du triste exercice d'énoncer des maximes stupides, je vaque, j'erre, je titube, me rattrape au parapet d'une vie étrange pleine de contradictions. Je me sens à la fois authentique et perverti, apte au grandiose et miné par un quotidien mesquin, inébranlable et fragile, prêt à tout et capable de rien. Je campe à proximité de frontières périlleuses dans l'attente d'un passage vers une autre vie. Je sais que la manoeuvre sera risquée mais ai-je vraiment le choix? Pour courir désormais, je prendrai ma peur à mon cou, mon labyrinthe et son minotaure, mes rêves oubliés et une valise suffisamment grande pour y jeter tous les vêtements des femmes que j'ai aimées. Parti, je ne voudrais pas revenir sur mes pas car cela nécessiterait que je tourne la tête au risque de me rompre le cou. Que les étoîles sont proches et que le voyage fut rapide!
A te lire.
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21/08/2005
Des amants de passage qui ont fini par passer.
Lettre de Roméo à Juliette écrite dans l'Express Venezia-Verona.
"Et, hop! Un simple moment d'inattention et plus personne dans le compartiment. Disparu, volatilisé le passager du sleeping du dessus! Te revoilà seule avec une valise de temps gâché à traîner jusqu'au bout du voyage. Que te dire? Non, tu n'as rien fait de spécial pour mériter une telle infâmie. Tu as été, toi, simplement toi, ni meilleure ni pire qu'une autre. Je ne te donnerai aucune explication car je ne me l'explique pas moi-même. Peut-être est-ce parce que nul ne se doit à quiconque sans reconnaissance de dettes? Je reviens de toi comme d'un exil car notre futur n'avait pas d'avenir. J'ai laissé dans la soute à bagages des malles pleines de doutes et de doux regrets, mais il y a des guerres qu'il faut savoir perdre, la défaite devenant alors une victoire sur soi-même. Le quotidien est une prison docile que n'importe qui pourrait apprivoiser".
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