23/07/2008
Des traces que l'on laisse derrière soi.
Tous ces étés auront disparu dans les matins humides. Maintenant je le sais, le soleil efface toutes les traces, jusqu'à la mémoire des fontaines. Et puis, les saisons passent sur chacun de nous, sans un regard pour ce que nous sommes devenus. Peut-être aurions-nous eu une chance de gagner si nous avions eu vent de la règle du jeu? Je voudrais posséder l'antidote de la peur et du doute, ne rien laisser paraître de cet effroi qui glace mon sang.
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08/07/2008
Des vérités scientifiques et de leurs ordonnateurs peu scrupuleux.

La science pose ses propres limites, certitudes des plus incertaines, fleuves infranchissables. « Souvent la peur d’un mal nous conduit dans un pire ». Jusqu’à aujourd’hui seule l’intuition a su offrir un instrument d’investigation capable de détecter l’inimaginable. Cette machine de guerre pour intelligence en quête de connaissance s’attaque à la Physique comme à l’Astronomie, à la Médecine comme aux Mathématiques. Dans tous les domaines, la poésie a jeté des passerelles, a établi des interconnections. La mise au point de ces correspondances est une merveille de sagacité et d’intuition. Alors que le passé nous a légué le mode d’emploi de l’univers, la plupart des scientifiques haussent les épaules en présence de notions qu’ils jugent inopportunes leur préférant des modèles plus rassurants. Refuser les évidences, voilà l’attitude de ceux qui n’admettent pas qu’ils sont devenus amnésiques à force de chercher au mauvais endroit. Faites l’expérience de feuilleter un magazine paru il y a dix ans. Vous y verrez traiter des mêmes catastrophes dont personne n’a tiré la leçon, des mêmes problèmes de société non résolus qui font toujours les gros titres aujourd’hui. Que s’est-il passé entre temps ? Vous avez oublié ou plutôt votre cerveau a choisi de ne pas se souvenir, de sélectionner ce qu’il garderait en mémoire. Ainsi chaque individu, chaque groupe humain, chaque civilisation réinvente, reproduit ce qu’il aurait pu simplement s’approprier avec de la suite dans les idées et un peu d’humilité.
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04/05/2008
Des beaux arts considérés comme un assassinat.
Que restera-t-il de nous dans deux siècles? Le souvenir ne se perpétue vraiment qu'à travers ce que nous avons créé. Ainsi, celui qui sera resté stérile ne se survivra pas. Il est vital de laisser des traces derrière soi. Il faut fabriquer du beau pour donner à tous ceux qui en hériteront l'envie de le préserver. Belles-lettres, beaux-arts ou grande musique, le médium n'a pas grande importance, l'essentiel est ailleurs: seul compte le geste, l'accomplissement de soi. Ce que nous avons fait parlera de ce que nous avons été mieux qu'une épitaphe sur un bloc de marbre. Dis-moi quel est ton talent et je te dirai comment en faire bon usage.
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23/02/2008
De nos chers disparus qui se demandent pourquoi nous ne leur parlons plus.
Pour tuer un mort à coup sûr, il suffit de le laisser reposer en paix, de ne plus jamais évoquer ce qu'il fut et, pire encore, de ne plus lui adresser la parole. Pourtant, ceux qui sont partis aspirent à continuer à vivre à travers nous. Ils désirent plus que tout au monde (l'autre) entendre encore et encore la voix de ceux qu'ils ont quittés à contre-coeur prononcer leur nom avec une émotion contenue et des regrets éternels. Les morts savent vivre et nos silences, ils le savent, ne sont que les antichambres de l'oubli. C'est l'une des étranges coutumes du deuil en Occident: faire table rase, vider les armoires, jeter les lettres et les photos, passer à autre chose et bien souvent à quelqu'un d'autre. Et puis, la Toussaint permet de se donner bonne conscience, un jour par an vite expédié, un pot de chrysanthèmes et l'on repart pour trois-cent-soixante-quatre jours de tranquillité, déculpabilisés. Alors, pensons à nos morts, aimons-les comme s'ils étaient toujours parmi nous, avec plus de force que lorsqu'ils étaient vivants, parlons-leur de ce qui nous les rend irremplaçables...
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29/01/2008
Des grands principes presque tous faux, en principe...
Je reviens un instant encore sur un principe [car j'ai des principes], le principe d'Eternité. J'observe mes dissemblables, je les radiographie et une évidence s'impose à moi: ces êtres si imparfaits qui survivent le nez écrasé contre la vitre ont en eux un embryon de vie éternelle. En eux, certes, malgré eux, devrais-je dire, car la plupart de ces brouillons de titans s'emploient à ne rien laisser paraître de la survivance de pouvoirs anciens depuis longtemps laissés en déshérence. Pour être plus clair, lorsque je scrute un individu pris au hasard dans la foule, je refuse d'admettre que ce miracle de l'évolution construit à grand renfort d'apprentissages, même s'il gaspille quatre-vingt quinze pour cent de son potentiel, doive un jour disparaître et ne laisser comme vestiges qu'une vieille décapotable et quelques enfants adultérins. Le principe d'Eternité nie les évidences trop évidentes. Le ciel du jeu de marelle se gagne par la recherche de la clarté. En éclairant ses doutes de la lumière fulgurante des intuitions [que chacun a eues à un moment ou à un autre de son existence mais qu'il s'est empressé d'oublier, l'amnésie tuant plus sûrement que le cancer], l'homme de la rue se métamorphosera en demi-dieu.
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27/01/2008
Le Discours du Grand Sommeil
Le désir d'éveil est si fort chez l'homme que, de tout temps, il semble avoir cherché des drogues pour maintenir vive son attention 1. Mais est-il besoin de faire appel à la chimie pour changer d'état, pour passer de l'hébétude à la pleine conscience? D'ailleurs, le premier niveau de lucidité n'est-ce pas simplement de pouvoir faire la différence entre veille et sommeil? Quand Jean Cocteau écrit le Discours du Grand Sommeil en 1916, dans un hôpital militaire proche du front, c'est autant de veille que d'éveil qu'il s'agit: Je flotte dans le songe, le monde au siècle instantané du sommeil d'où j'émerge comme un crocodile au milieu du trafic des pirogues. A quel moment sommeillons-nous, à quel autre pouvons-nous affirmer de manière certaine être réveillés? Pouvons-nous nous fier à nos sens? Par quels exercices entraîner notre conscience à rester en état d'alerte? Comment ne pas sombrer dans la torpeur confortable des actes répétitifs du quotidien? L'absence de spiritualité est le lot commun et toute tentative de fuite est étouffée dans l'œuf par mille et une préoccupations mesquines. Une sorte de pesanteur nous colle au sol et notre esprit ne parvient que très rarement à se détacher des contingences matérielles. Boire un café ou un verre d'alcool, fumer une cigarette ou du crack, voilà quelques uns des chemins de traverse pour se désinhiber, pour tenter maladroitement de stimuler ses neurones ou d'échapper quelques minutes à la profonde lassitude d'une vie ordinaire. Mais ces excipients ne produisent que des effets de courte durée et leur efficacité n'est pas systématique. Acquérir l'extra-lucidité et par là connaître sa position exacte dans l'espace et dans le temps, devenir capable de prévoir sa trajectoire à venir, cela peut-il, comme une carte au trésor, se trouver au fond d'une bouteille? Pour être maître de sa vie, la meilleure méthode consiste à s'interroger sans relâche, à mener l'enquête sur ses origines et sur le sens à donner à sa vie: Qui suis-je? D'où viens-je? Où vais-je? Et tant que les réponses ne te satisferont pas, repose-toi les questions.
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1. Du bon usage de la vie, Bernard Besret
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17/09/2007
De l'art de disparaître sans avoir à donner d'explications.
Consignes données à ceux qui voudraient que leurs poursuivants ne retrouvent jamais leurs traces.
Il faudra que tu parviennes:
- à flotter à quelques centimètres du sol comme une brume matinale que les premières chaleurs du jour disperseront,
- à ne pas prendre pied, à rester au-dessus de la mêlée,
- à garder tes distances avec une réalité peu gratifiante,
- à travailler ton inconsistance,
- à polir ta transparence,
- à passer inaperçu même vêtu d'un lourd manteau,
- à savoir te faire oublier des mémoires (celles des fichiers de police comme celles des vieilles maîtresses qui, frustrées par une vie sans relief, se rappeleraient à ton mauvais souvenir),
- à rester sur la touche jusqu'à la fin du match (à fuir également les vestiaires et leurs rites idiots),
- à marcher à pas légers loin derrière le troupeau (ou loin devant si les circonstances l'exigent),
- à fuir comme la peste les rendez-vous galants,
- à ne jamais sourire à une femme seule assise à la terrasse d'un café ou dans une rame de métro (éventuellement à une femme accompagnée pour satisfaire ton goût stupide pour la séduction sans suite et donc sans fin),
c'est en respectant ce mode de vie, ami, que tu passeras à côté du pire, du meilleur aussi, et surtout que tu ne seras plus jamais exposé à la jalousie des autres car, pour eux, tu n'existeras tout simplement plus.
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16/09/2007
Des grands voyageurs et des limites de l'espace-temps.
TGV Paris-Bordeaux, le 13 septembre 2007. Voyager, c'est déplacer le centre de gravité de sa vie sans rien modifier d'autre que sa position sur les cartes célestes. L'existence s'évalue comme une trajectoire en ellipse de corps sidérés dont la composition chimique est identique à celle des météorites. Ainsi, tout se perpétue, rien ne change dans ce que nous sommes, nous vieillissons à l'identique de ce que nous fûmes et en conformité avec ce que nous serons au terme du périple.
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15/09/2007
De la sagesse de ceux qui prennent leur temps avant de tirer leur révérence.
Folie de la vitesse plutôt que sagesse de la lenteur? Faut-il sans cesse opposer ces binômes en considérant la permanence des effets et des causes? Réfléchir vite mais agir lentement, ne voilà-t-il pas un mélange, certes contre-nature, mais qui pourrait réconcilier ceux qui agissent d'abord et qui réfléchissent après avec ceux qui prennent tout leur temps avant d'avancer leurs pions? Existe-t-il une posture idéale qui permette de commettre un minimum d'erreurs de jugement ? Il est essentiel de connaître sa marge de manoeuvre le plus en amont possible de l'action et ainsi d'apprécier ses chances de réussite ainsi que les conséquences d'un éventuel échec. Les Lucky Luke du passage à l'acte n'ont que peu de considération pour les victimes de leurs balles perdues! Il faut avoir la patience de prendre le train suivant s'il y en a un ou de dormir dans un hall de gare s'il n'y en a pas (pas de chance, ce soir-là tous les hôtels de la ville étaient complets à cause d'une étape du Tour de France). Il n'y a pas de honte à revenir bredouille des soldes car rater le barbecue électrique à vingt-trois euros chez Leclerc à cause d'un embouteillage n'engage pas le pronostic vital. Que dire du don juan de discothèque qui découvre que la fille d'à côté l'a remplacé par le premier crétin venu plus rapide de la détente que lui (preuve s'il était besoin d'en apporter une qu'elle ne valait pas une déculottée dans la précipitation)? Celui qui sort de la cohue des esclaves du temps redeviendra maître de sa vie.
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17/12/2006
Le livre des Morts.
La mort est un réveil et celui qui se réveille se retrouve le même car la mort est un retour de l'âme vers sa patrie d'origine. Pourquoi appelons-nous "morts" ceux qui nous ont quittés et qui sont en réalité vivants d'une autre vie plus intense que la nôtre? Si nous prenions le risque, pas si insensé qu'il y paraît, de croire en l'immortalité, par quels noms pourrions-nous héler ceux qui nous ont précédés sur cette terre? "Les frères aînés" me paraît pas mal du tout puisqu’il s'agit de membres de la même fratrie, nés avant nous à la vie éternelle. Beaucoup de mots ou d’expressions ont été faussés par une utilisation à forte connotation religieuse ou socio-culturelle. A la rigueur, nous pourrions en repêcher certains comme les "ancêtres" pris dans le sens de ceux qui ouvrent la marche ou les "trépassés" si l'on considère l'étymologie anglo-saxonne (to trepass signifie traverser, franchir) ou alors les "disparus" bien que rien ne soit moins sûr que le caractère définitif de cette séparation.
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