08/11/2008
Le vertige est le carburant de nos rêves.
Nous habitons un monde d'évidentes absurdités. La question est la suivante: "Sommes-nous entourés de mirages ou sommes-nous nous-mêmes des mirages?" Est-ce à cause de cette impression d'irréalité que beaucoup d'entre nous ne se sentent pas assez réels pour croire qu'un jour ils mourront? Ici, le vertige est le carburant de nos rêves, le fil-à-plomb qui nous rattache à l'humanité. Si l'existence ne devait tenir qu'à un fil, ce serait de celui-là qu'il s'agirait. Ne nous décourageons pas: le secret que nous cherchons est caché bien plus profondément que nous l'avions cru alors il faut persévérer et continuer à fouiller les décombres. Le contact avec la vérité ultime se fera hors des limites de l'espace et du temps. Il nous faut dès maintenant accepter l'idée que les rêves sont les plus grands obstacles sur notre chemin vers le miraculeux (penser à lire quelques pages du prodigieux ouvrage d'Ouspensky, "In search of the Miraculous"). L'homme de la rue est une épure, un brouillon, en tout cas il n'est pas ce qu'il peut ou devrait être. Gardons toujours à l'esprit que les différences sont ce qui importe le plus. Pour résoudre un problème de Physique ou pour comprendre ses semblables, il faut avant toute chose considérer les points de divergence.
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07/11/2008
Pierre Goldman, sombre héros des années d'illusion.
Père Lachaise, 6 septembre 2007. Après avoir accepté de mettre mes pas dans ceux du hasard, je me suis laissé guider vers ma destination du jour: la tombe de Pierre Goldman. Ce sombre héros des années d'illusion n'a pas son nom inscrit sur les plans destinés aux touristes du Père Lachaise. Fash-back: le 20 septembre 1979, Pierre Goldman est assassiné en pleine rue par un commando du GAL (les services très spéciaux espagnols). Il avait 35 ans et un lourd passé de militantisme d'extrême gauche, de révolutions manquées, de philosophie, d'écriture et de criminalité. Pourquoi lui aujourd'hui? Pourquoi pas lui? Donc, une chance sur cent mille de le trouver. Après avoir dérivé sans boussole ni gouvernail au milieu de la mer des Sargasses et croisé des mausolées grotesques (celui du Général Gérard n'est pas mal dans le genre!), c'est en escaladant un raidillon à l'écart des grandes routes maritimes que je tombe nez à nez avec une tombe parfaitement intégrée dans le paysage, marbre gris et plaque avec nom et dates: "Pierre Goldman 1944-1979". Une sépulture comme on en creuse pour se débarrasser des morts encombrants, une tombe plutôt peu voire pas entretenue. Un lieu où personne ne vient se recueillir, exempté de témoignages d'affection: ni fleurs, ni couronnes, rien, un sentiment d'abandon complet. Il semblerait que les visites, - en tout cas leurs traces -, fussent rares depuis 1979. Pierre Goldman n'est pas plus fréquentable mort qu'il ne le fut de son vivant. Comme si un simple rappel de son existence pouvait mettre mal à l'aise les Serge July ou les Régis Debray plus familiers aujourd'hui des conseils d'administration ou des ors des palais de la République que des réunions clandestines dans les bars du quartier Latin.
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Il était une fois la revue "Planète".
Lancée en 1961, la revue bimestrielle Planète créée et dirigée par les auteurs du Matin des magiciens Louis Pauwels et Jacques Bergier, va rapidement devenir un phénomène d’édition avec des tirages moyens supérieurs à 100.000 exemplaires. Quelle est la recette d’un tel succès ? Un mélange détonant de prospective scientifique et d’ésotérisme, de paranormal, de médecines alternatives, de faits inexpliqués et de théories invérifiables. Avec la volonté farouche de faire tomber les murs qui enferment les savoirs de l’époque, ouverte à tous vents, la revue accueille idées insolites, faits maudits, recherches de frontières, arts marginaux, civilisations et savoirs perdus, personnages énigmatiques, mystères des animaux, histoire invisible, aventures de l’esprit . Les scientifiques les plus prestigieux (Chauvin, Oppenheimer, Von Braun) y côtoient des visionnaires contestés (Charles Fort, Gurdjieff) et des chroniqueurs inattendus (Sternberg, Bodard, Trigano, Desanti). Louis Pauwels ne cède pas à la tentation de devenir le gourou d’une révolution culturelle déjà en marche et ramène son rôle à celui d’un homme qui cherche et qui n’a rien à proposer d’autre que sa recherche , Planète prolongeant la démarche exposée dans Le Matin des magiciens . Dès 1965, le sociologue Edgar Morin a étudié le phénomène Planète et écarté une explication simpliste du succès de la revue : Il y a quelque chose de spécifique dans Planète, qu’il faut détecter non seulement au microscope mais aussi au télescope . Constat lucide que la science moderne ne progressait pas assez vite dans le renouvellement de ses hypothèses à cause du chercheur lui-même soumis à des orgueils et à des paresses. Dès sa conception, Planète se voulut une pensée en mouvement plus qu’un mouvement de pensée. Au fil des années, un véritable groupe de presse et d’édition se constitue autour de Planète avec les magazines Plexus et Janus , des encyclopédies et des ouvrages développant les thèmes les plus marquants de la revue. Citons le remarquable Profil du futur d’Arthur C. Clarke (1964) qui affirme avec enthousiasme que « la seule façon de découvrir les limites du possible est de s’aventurer un peu au-delà d’elles, dans l’impossible ». Certes Planète ne survivra pas longtemps au mouvement de mai 68 et à la mort de Jacques Bergier, le cerveau du tandem. Louis Pauwels poursuivra en solitaire des expériences moins vivifiantes : il passera les vingt dernières années de sa vie professionnelle à la direction du Figaro-Magazine. Je conserve précieusement dans ma bibliothèque la collection complète de la revue et l’édition originale du Matin des magiciens . Quand je feuillette un numéro de Planète je suis encore bluffé par la pertinence de la plupart des articles bien que quarante ans se soient écoulés. Qui a pris le relais aujourd’hui ? Internet à coup sûr pour l’accès aux données et les échanges d’informations en temps réel mais il manque le mode d’emploi à la Boîte de Pandore.
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