15/12/2008
Le discours du Grand sommeil.
Le désir d'éveil est si fort chez l'homme que, de tout temps, il semble avoir cherché des drogues pour maintenir vive son attention 1. Mais est-il besoin de faire appel à la chimie pour changer d'état, pour passer de l'hébétude à la pleine conscience? D'ailleurs, le premier niveau de lucidité n'est-ce pas simplement de pouvoir faire la différence entre veille et sommeil? Quand Jean Cocteau écrit le Discours du Grand Sommeil en 1916, dans un hôpital militaire proche du front, c'est autant de veille que d'éveil qu'il s'agit: Je flotte dans le songe, le monde au siècle instantané du sommeil d'où j'émerge comme un crocodile au milieu du trafic des pirogues. A quel moment sommeillons-nous, à quel autre pouvons-nous affirmer de manière certaine être réveillés? Pouvons-nous nous fier à nos sens? Par quels exercices entraîner notre conscience à rester en état d'alerte? Comment ne pas sombrer dans la torpeur confortable des actes répétitifs du quotidien? L'absence de spiritualité est le lot commun et toute tentative de fuite est étouffée dans l'œuf par mille et une préoccupations mesquines. Une sorte de pesanteur nous colle au sol et notre esprit ne parvient que très rarement à se détacher des contingences matérielles. Boire un café ou un verre d'alcool, fumer une cigarette ou du crack, voilà quelques uns des chemins de traverse pour se désinhiber, pour tenter maladroitement de stimuler ses neurones ou d'échapper quelques minutes à la profonde lassitude d'une vie ordinaire. Mais ces excipients ne produisent que des effets de courte durée et leur efficacité n'est pas systématique. Acquérir l'extra-lucidité et par là connaître sa position exacte dans l'espace et dans le temps, devenir capable de prévoir sa trajectoire à venir, cela peut-il, comme une carte au trésor, se trouver au fond d'une bouteille? Pour être maître de sa vie, la meilleure méthode consiste à s'interroger sans relâche, à mener l'enquête sur ses origines et sur le sens à donner à sa vie: Qui suis-je? D'où viens-je? Où vais-je? Et tant que les réponses ne te satisferont pas, repose-toi les questions.
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1. Du bon usage de la vie, Bernard Besret
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12/12/2008
Taire à terre.
Se taire, trop léger pour rester à terre, déjà gagné à la cause des étoîles, prêt à tout pour l'accomplissement d'une autre enfance hors du royaume des vivants. Se déterrer, remonter à la surface des choses, soulever la pierre tombale. Se soustraire au vol des corbeaux pour s'envoler avec les grues cendrées.
14:54 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, philosophie, journal intime
10/12/2008
La soif donne de la profondeur au désert.
La glèbe dont nous sommes pétris est impérissable, aucun cataclysme ne saurait la détruire. Qu'en est-il alors de l'esprit qui l'habite et qui fait partie intégrante de la matière, ne pourrait-il demeurer avec la même constance? Il n'est pas de cadran solaire hormis la mesure du temps par nos fonctions vitales. C'est ainsi que la soif donne de la profondeur au désert, que l'effroi donne de la hauteur à la nuit et que la faim creuse des tranchées dans la boue. Qui de nous peut se dire propriétaire de son corps s'il ne l'est pas des heures de sa vie, ces hardes sans valeur jouées aux dés par les voleurs de feu? Dieu et dieux font cartes. Il y en en soi une fringale de s'aventurer sur un champ de mines pour faire reculer les limites des interdits. Il n'est pas d'issue hormis la marge. Qui de nous a réussi à conserver suffisamment de forces pour vomir les codes mals digérés qui nous condamnent à mourir sous la torture lente de mille supplices? Chevalier parti en quête du Graal, si le visage te fait mal tel quel, demande un heaume pour t'y lover.
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