24/10/2008
De l'art des ivrognes pour bien tituber.
Ami, je bois à ta santé chancelante , je bois à tes amours contrariées, je bois à ta jeunesse avant qu'elle ne te quitte pour un amant plus présentable, je bois à tes chimères, ces illusions fatales qui t'ont pourri la vie! Comment un être supérieur, doué pour le bonheur, a-t-il pu en arriver là? Frère de malheur, notre première erreur ne fût-elle pas de refuser de choisir? Car pour prendre la bonne route, il aurait fallu bifurquer vers une vie qui mène quelque part. En refusant d'accepter que nous ne venons pas de n'importe où mais d'un lieu prodigieux qui ne méritait pas d'être quitté, nous marchons certes, - ou plutôt nous titubons -, vers un néant ordinaire, vers la voie sans issue des vies qui ne valent pas la peine d'être vécues, en fait vers nulle part, cette destination si prisée par les V.R.P. (Voyageurs Repus de Paysages), ces mendiants qui n'ont plus rien à vendre, pas même leur âme au diable. Souvenons-nous que rien ne sert de courir (après sa vie), il suffit de tomber à point lorsqu'il sera l'heure d'y aller. Pourquoi naître et être, alors qu'il est si facile de paraître et de disparaître ? Céder à la facilité, ne pas compliquer les choses et se laisser porter par le flot ininterrompu des factures à payer. Vers quels abîmes nous mène la parole donnée avec trop de légèreté !
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23/10/2008
Des voyages comme un remède pour fuir l'idée d'une mort prochaine.
L’existence est un bûcher où notre espérance (de vie) se consume inexorablement. Ne devrait-on pas dire « vivre à petit feu » plutôt que « mourir à petit feu » ? Qu’importe puisque ce qui brûle c’est ce que nous fûmes et que nous ne serons plus, c’est ce que nous voulions faire et que nous n’avons pas fait. Les voyages nous distraient de la rémanence de l’idée d’une mort prochaine. Les grands voyageurs souffrent de l’addiction à un remède dont ils ne respectent plus la posologie depuis longtemps. Un aller-retour Paris-Istanbul en Orient-Express si l’angoisse existentielle le nécessite, un tour du monde en voilier pour détourner la vigilance de la faucheuse (à n’utiliser qu’en cas de maladie incurable ou d’abus de philosophies occidentales – Schopenhauer, Platon ou Nietzsche). Si le malade rechute, visite du Père-Lachaise avec haltes obligatoires devant le caveau d’Anna de Noailles et la statue d’Oscar Wilde. Chaque pas en avant est un pas dans le vide avec l’espoir qu’au dernier moment le sol ne se dérobe pas sous nos pieds.
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22/10/2008
De ceux qui perdent leur temps.
Le présent a parfois du retard, il s'agit d'un temps donné à titre indicatif. Arrivé trop tôt, il fait encore les cent pas dans le hall du Futur. Arrivé trop tard, il ne peut que regarder s'éloigner le train du passé (simple ou composé selon qu'il y ait un ou plusieurs wagons). Avoir le temps, c'est posséder un bien précieux, de plus en plus rare, convoité. Avoir du temps à soi constitue le degré suprême de la réussite sociale car alors vous n'avez plus l'obligation de le partager avec d'autres. Perdre son temps, c'est se sentir dépouillé d'un bien propre par le commun des mortels. Il est aussi grave de perdre son temps que de perdre son sang: il arrive un moment où l'homme pressé s'allonge et meurt devant le cadran immobile de l'horloge.
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