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JOURNAL PERDU DE CRISTÓBAL COLÓN : Mardi 18 septembre 1492.

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Juan de la Cosa n’arrête pas d’exiger – et sur tous les tons – la libération de Gregorio Sanchez. Ce midi, en plein repas, il m’a même menacé en termes à peine voilés : «Colón que murió ayer y no se sabe aún[1] ».  Je n’ai pas l’intention de céder à cette coterie de scélérats. Pour cela,  il me faudra ne montrer aucune faiblesse jusqu’à la fin de cette traversée.  Je dois me méfier de lui mais aussi de tous ceux qui ont été recrutés sur sa recommandation, c’est-à-dire la moitié des trente-neuf hommes d’équipage de la Santa Maria. Je vais procéder à l’inverse en  recensant les fidèles indéfectibles : Luis de Torres, Rodrigo de Jerez, Alonso Chocero, Diego de Salcedo. Bien peu de bras en vérité pour défendre le bateau en cas de mutinerie. Je vais m’ouvrir à chacun en aparté et m’assurer de sa loyauté.   Si lors de ce conciliabule j’acquiers la certitude qu’il est mien,  je le mettrai dans la confidence du plan que j’ai conçu pour contrecarrer la sédition qui se fomente à mon bord. Aujourd'hui encore, le vent d'est a été notre guide et toujours ces longues herbes qui inquiètent les marins de quart. Avec le quadrant et l'astrolabe j'ai calculé notre nouvelle position : toujours plein ouest et nous avons parcouru quarante-huit milles depuis hier. De gros nuages à l'horizon mais aucun signe que nous approchons d'une terre. A ce rythme, l'eau potable et les provisions vont finir par manquer. J'ai fait réaliser l'inventaire de ce qui est encore comestible : hélas, les sacs de pois chiches et de fèves sont infestés de rats, la viande de boeuf et le porc salé grouillent de vers. La ration de vin devra être ramenée de trois-quarts de litre à un demi-litre par homme et par jour. Les barils d'eau douce dégagent  une odeur pestilentielle, à tel point que beaucoup refusent de la boire. Plusieurs  d'entre nous sont tombés malades, de fortes fièvres et des vomissements que le chirurgien a du mal à soigner. Triste tableau. Quel échec si nous devions faire marche arrière et nous en retourner. 

 

 

[1] Colón tu es mort et tu ne le sais pas encore.

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