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JOURNAL PERDU DE CRISTÓBAL COLÓN :dimanche 16 septembre 1492.

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Pour honorer Dieu en ce deuxième dimanche de navigation depuis notre départ des îles Canaries, j’ai demandé à chaque capitaine de célébrer l’office à  l’heure des Laudes[1]. En écoutant le Benedictus Dominus et son antienne[2],  j’ai repensé avec émotion  aux deux moines qui m’accueillirent au monastère de La Rábida à Palos de la Frontera, Juan Pérez et Antonio de Marchena, mes fidèles amis dont le soutien me manque si cruellement en ces jours de grand danger. La vigie de la Pinta – qui voguait en tête de l'escadre –  nous a signalé des masses d'herbes qui flottaient entre deux eaux[3]. Est-ce le signe que nous nous sommes proches du royaume du Grand Khan[4]? Les hommes d’équipage le croient dur comme fer et craignent même de rencontrer des rochers ou des terres recouvertes par la mer.  Je n’en suis pas aussi sûr qu’eux car les mesures prises avec l’astrolabe laissent présager une navigation beaucoup plus longue sous cette latitude. Pourquoi les détromper ?  L’euphorie qui précède la fin d’un voyage est propice à la restauration d’une autorité mise à mal et va me permettre – pour combien de temps ? – d’éteindre les prémices d’une sédition. Le point noir reste la faiblesse du vent : les trois bateaux n’ont progressé que de douze milles aujourd'hui.   En songeant  aux difficultés que j’ai rencontrées pour monter cette expédition, il m’est difficile de ne pas en vouloir aux souverains d’Espagne d’avoir été si avares.  Le financement de mon projet ne leur a rien coûté ou si peu : ce sont des financiers génois installés à Séville et le trésorier d'Aragon qui en ont fait l'avance. Mieux encore, afin de rembourser rapidement les prêteurs de capitaux, les moines franciscains, qui me soutiennent depuis des années, ont reçu l'ordre de vendre des indulgences en Estrémadure. Ainsi, avec les maigres moyens qui me furent alloués, j’ai eu grand peine à équiper trois navires – une caraque, la Santa Maria et deux caravelles, la Pinta et la Nina – alors qu’il en aurait fallu dix pour assurer la réussite de cette équipée. Si j’honorerai le nom d’Isabelle de Castille jusqu’à mon dernier souffle, je ne puis que regretter la demi-mesure dont elle a fait preuve dans cette affaire. Par souci d’économie, les navires ont été loués et nous avons même dû embarquer leurs propriétaires avec nous pour qu’ils puissent veiller sur leur bien. Ils en ont profité pour m’imposer plusieurs de leurs proches dans le rôle des équipages.  A ma grande satisfaction, j’ai obtenu de m'adjoindre Rodrigo de Escobedo qui fera office de notaire pour dresser les actes de souveraineté et de propriété, ainsi que Luis de Torres  qui sera notre interprète pour l’arabe, le grec et l’hébreu [5].

 

 

[1] C'est l'office de l'aurore. On y rend grâce à Dieu pour le jour qui se lève par des psaumes de louanges.

[2] Selon les temps liturgiques, les différentes solennités et fêtes et les mémoires des saint(e)s, les hymnes, antiennes, répons, capitules et oraisons diffèrent.

[3] Ils venaient d’entrer dans la Mer des Sargasses.

[4] Le Japon

[5] Mais pas de prêtre à bord, ce qui était étonnant pour un homme réputé pour sa grande piété.

 

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