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Journal perdu de Cristóbal Colón : samedi 15 septembre 1492.

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Je tiens ce journal pour mes seuls yeux car il n’y a rien à gagner à dire la vérité entière, que ce soit aux grands de ce monde ou à ses plus proches amis.   Si ces pages devaient être découvertes –  mais j’en doute car je ne suis pas sûr de les conserver si une menace pesait sur moi –  voici le portrait sans concession que ferait de Cristóbal Colón l'hagiographe chargé de perpétuer la mémoire de mes hauts faits[1] : « Il avait la taille élevée, au-dessus de la moyenne, le visage long et imposant, le nez aquilin, les veux bleu-clair, le teint blanc, tirant sur le rouge vif, la barbe et les cheveux blonds dans sa jeunesse, mais les soucis les blanchirent de bonne heure. [Il était] rude de caractère, peu aimable en paroles, affable cependant quand il le voulait, emporté quand il était irrité ». Depuis notre départ de Palos de la Frontera le 3 août, j'ai laissé aux capitaines de chacun des navires le soin de rédiger la relation « officielle » de notre traversée. Nous naviguons depuis neuf jours par la route du sud pour éviter de croiser des vaisseaux portugais au large des Açores. Les bienfaits de notre escale sont loin derrière nous. A Las Palmas de Gran Canaria nous avons pu nous approvisionner en bois, en eau et en vivres. Et surtout nous dûmes réparer le timon de La Pinta qui s'était déboîté. Je suspecte Gómez Rascón et Cristóbal Quintero d'avoir saboté leur propre bateau pour écourter le voyage. Le prix de la location de la caravelle leur a été payé d'avance en bel or et je trouve étrange leur soudaine vocation d'explorateurs. Mais sans preuve, je ne peux que rester sur mes gardes en attendant de pouvoir les confondre. Les équipages des trois navires commencent à montrer des signes de grande nervosité.  Des bagarres éclatent pour les motifs les plus futiles. Cette nuit,  Gregorio Sanchez,  le pilote,  a poignardé  Fidel Rubio, le plus jeune des grumetes[2] de la Santa María au motif qu’il se refusait à lui pour assouvir ses plus bas instincts. Je l’ai fait mettre aux fers mais cette décision me coûte car c’était l’homme le plus expérimenté de notre escadre. De plus, son emprise sur l'équipage me fait craindre une mutinerie. Le corps du gamin a été mis dans un sac en jute et jeté à la mer après la tombée de la nuit. En l’absence de prêtre, j’ai dirigé une cérémonie rapide en petit comité pour ne pas exacerber les passions.

 

[1] Bartolomé de Las Casas a livré la seule version connue du Journal de cette traversée.

[2] Mousse

 

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