07/11/2008

Il était une fois la revue "Planète".

Lancée en 1961, la revue bimestrielle Planète créée et dirigée par les auteurs du Matin des magiciens Louis Pauwels et Jacques Bergier, va rapidement devenir un phénomène d’édition avec des tirages moyens supérieurs à 100.000 exemplaires. Quelle est la recette d’un tel succès ? Un mélange détonant de prospective scientifique et d’ésotérisme, de paranormal, de médecines alternatives, de faits inexpliqués et de théories invérifiables. Avec la volonté farouche de faire tomber les murs qui enferment les savoirs de l’époque, ouverte à tous vents, la revue accueille idées insolites, faits maudits, recherches de frontières, arts marginaux, civilisations et savoirs perdus, personnages énigmatiques, mystères des animaux, histoire invisible, aventures de l’esprit . Les scientifiques les plus prestigieux (Chauvin, Oppenheimer, Von Braun) y côtoient des visionnaires contestés (Charles Fort, Gurdjieff) et des chroniqueurs inattendus (Sternberg, Bodard, Trigano, Desanti). Louis Pauwels ne cède pas à la tentation de devenir le gourou d’une révolution culturelle déjà en marche et ramène son rôle à celui d’un homme qui cherche et qui n’a rien à proposer d’autre que sa recherche , Planète prolongeant la démarche exposée dans Le Matin des magiciens . Dès 1965, le sociologue Edgar Morin a étudié le phénomène Planète et écarté une explication simpliste du succès de la revue : Il y a quelque chose de spécifique dans Planète, qu’il faut détecter non seulement au microscope mais aussi au télescope . Constat lucide que la science moderne ne progressait pas assez vite dans le renouvellement de ses hypothèses à cause du chercheur lui-même soumis à des orgueils et à des paresses. Dès sa conception, Planète se voulut une pensée en mouvement plus qu’un mouvement de pensée. Au fil des années, un véritable groupe de presse et d’édition se constitue autour de Planète avec les magazines Plexus et Janus , des encyclopédies et des ouvrages développant les thèmes les plus marquants de la revue. Citons le remarquable Profil du futur d’Arthur C. Clarke (1964) qui affirme avec enthousiasme que « la seule façon de découvrir les limites du possible est de s’aventurer un peu au-delà d’elles, dans l’impossible ». Certes Planète ne survivra pas longtemps au mouvement de mai 68 et à la mort de Jacques Bergier, le cerveau du tandem. Louis Pauwels poursuivra en solitaire des expériences moins vivifiantes : il passera les vingt dernières années de sa vie professionnelle à la direction du Figaro-Magazine. Je conserve précieusement dans ma bibliothèque la collection complète de la revue et l’édition originale du Matin des magiciens . Quand je feuillette un numéro de Planète je suis encore bluffé par la pertinence de la plupart des articles bien que quarante ans se soient écoulés. Qui a pris le relais aujourd’hui ? Internet à coup sûr pour l’accès aux données et les échanges d’informations en temps réel mais il manque le mode d’emploi à la Boîte de Pandore.

Ecrire un commentaire