05/11/2008
Les vieux ça ne devrait pas devenir vieux
Pierre Sansot décédé en 2005 avait l'âge de ceux qui ne peuvent plus détourner leur regard de "la vieillesse et de la mort qui, pas plus que le soleil, ne se laissent regarder de face".
Les lignes qui vont suivre ont été rédigées en 2001:
"Les vieux, ça ne devrait pas devenir vieux". Dans ce livre, ni roman, ni récit, ni essai, mais au carrefour de ces trois genres, Pierre Sansot s'emploie "à désamorcer les malentendus propres à opposer les différentes classes d'âge". Il met le cap "sur l'ultime partie de son existence". Le titre provocateur de l'ouvrage dissimule néanmoins le désespoir d'un homme dépouillé du temps. Après avoir fait bon usage de la lenteur en refusant de "brusquer la durée et de se laisser brusquer par elle" il n'a eu de cesse que de prolonger les rêves de l'enfant qu'il fut. L'économie de soi, cette vertu de la modération devient chez Pierre Sansot "l'art du peu" qu'il pratique avec brio:"avec l'âge beaucoup d'entre nous pressent le pas" car ils s'aperçoivent "qu'il y a tant de choses à voir, tant de mets à goûter, tant de pays à visiter, tant d'existences à côtoyer". La proximité de la mort aiguise la conscience de nos carences. Pour l'anthropologue Sansot la lenteur n'est pas un trait de caractère mais un choix de vie. Et pour ce qui touche à la vieillesse, il conserve l'image de ces "êtres lamentables devenus méconnaissables avec l'âge, cramponnés à la vie jusqu'à la couardise" qu'il observait avec avidité enfant afin de "percer l'énigme de l'avenir qui lui était promis". A l'adage qui prône que l'on meurt comme l'on a vécu le vieil écrivain apporte sa vision apaisée de l'existence, convaincu pourtant que "nous devrions véritablement achever notre vie avant de la quitter". A ses essais sur la lenteur, les jardins publics, la ville et les gens de peu, Pierre Sansot vient d'ajouter un premier roman "Il vous faudra traverser la vie". Tous les thèmes chers au philosophe resurgissent d'un chapitre à l'autre parmi les rumeurs d'un univers intime qui s'apprête à disparaître. Récit d'une vie qui s'achève, celle d'Hélène, la narratrice, ce dernier voyage s'effectue en marche arrière et au ralenti.
"Les vieux, ça ne devrait pas devenir vieux", Ed. Payot, 1995.
"Du bon usage de la lenteur", Ed. Payot, 1998.
"Les gens de peu", Ed.PUF, 1992.
"Il vous faudra traverser la vie", Ed. Grasset, 1999.
09:44 Publié dans Critiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, philosophie, sagesse, bonheur




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