24/10/2008

De l'art des ivrognes pour bien tituber.

400A-Artaud-encre-03VII2.jpegAmi, je bois à ta santé chancelante , je bois à tes amours contrariées, je bois à ta jeunesse avant qu'elle ne te quitte pour un amant plus présentable, je bois à tes chimères, ces illusions fatales qui t'ont pourri la vie! Comment un être supérieur, doué pour le bonheur, a-t-il  pu en arriver là? Frère de malheur, notre première erreur ne fût-elle pas de refuser de choisir? Car pour prendre la bonne route, il aurait fallu bifurquer vers une vie qui mène quelque part.  En refusant d'accepter  que nous ne venons pas de n'importe où mais d'un lieu prodigieux qui ne méritait pas d'être quitté, nous marchons certes, - ou plutôt  nous titubons -, vers un néant ordinaire, vers la voie sans issue des vies qui ne valent pas la peine d'être vécues, en fait vers nulle part,  cette destination si prisée par les V.R.P. (Voyageurs Repus de Paysages), ces mendiants qui n'ont plus rien à vendre, pas même leur âme au diable.  Souvenons-nous que rien ne sert de courir (après sa vie), il suffit de tomber à point lorsqu'il sera l'heure d'y aller. Pourquoi naître et être, alors qu'il est si facile de paraître et de disparaître ?  Céder à la facilité, ne pas compliquer les choses et se laisser porter par le flot ininterrompu des factures à payer. Vers quels abîmes nous mène la parole donnée avec  trop de légèreté !   

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