25/09/2008
Je suis Dieu, tu es Dieu, il est Dieu...
« Je suis Dieu ». Dans le brouhaha de la quotidienneté, cette phrase insensée s’est imposée au-dessus de la mêlée. Habituellement, seuls les aliénés osent jeter à la face du monde ce type d’affirmations paranoïaques. « Je suis Dieu » signifie très exactement « j’ai la conscience aiguë d’être unique et immortel». Je sais, je sens depuis l’aube de mes temps que j’abrite en moi une vérité essentielle, que je dispose d’un identifiant hors du commun qui m’a permis d’arriver intact jusqu’à cette vie sans lustre. « Je suis Dieu » ou plus exactement l’expression d’un mode d’existence supérieure. Pourtant, mon intelligence est moyenne, ma corpulence peu athlétique, ma mémoire plutôt capricieuse et mon charisme à géométrie variable. Rien ne me prédispose à prendre la robe trop grande des prophètes et autres messies. D’ailleurs personne ne m’a chargé d’une mission auprès des humains, mes dissemblables, et c’est heureux lorsque l’on voit ce qu’il advient des messagers célestes : ils sont suppliciés ou deviennent des tyrans sanguinaires. Suis-je le seul au moment où je vous parle à être brûlé de l’intérieur par cette intuition primale ? Je peux supposer sans risque de me tromper que des millions de dieux de tous âges s’éveillent chaque matin, persuadés de l’unicité de leur précieuse personne. Pour ma part, cette révélation ne me donne aucun sentiment de supériorité, plutôt même la sensation désagréable que je suis plus vulnérable que les autres lorsqu’il s’agit de se battre pour survivre. Comble de l’ironie, « savoir » que l’on est immortel, par l’affaiblissement de l’instinct de survie, peut contribuer à une mort plus rapide. Heureusement, l’esprit humain détient une arme redoutable : la faculté d’oublier. Alors si je suis vraiment Dieu, n’en parlons plus.
23:51 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, philosophie, poésie, journal intime, vive la vie, spiritualité




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