14/09/2008

D'une réalité en trompe-l'oeil.

Artaud2.jpgChez Antonin Artaud, l'écriture n'est pas un acte manqué mais une faim en soi, de celles qui donnent de l'appétit aux ogres des contes défaits. "C'est dans le ventre que le souffle descend et crée son vide d'où il se relance au sommet des poumons". Les mots se jouent de nous en se jetant, tels des dés truqués, sur le tapis volant de la page blanche. Quel sens aura le dessus pour contrer les quatre autres? Rien ne va plus au casino de la folie ordinaire, imper et impasse dans les brumes du Pont de Tolbiac. "Pour crier, je n'ai pas besoin de la force, je n'ai besoin que de la faiblesse". Momo revient de loin. Accoudés au comptoir de cuivre, des sénateurs séniles refont le monde tandis que les arrivistes n'en finissent pas d'arriver et les faux-fuyants de s'enfuir. Horrifiée, la planète de bleue est devenue blême en découvrant des étoiles sanglantes sur le képi des généraux. Que répondre au silence des anneaux de Saturne quand les meilleurs d'entre les meilleurs sont soumis à la question, quand le destin des hommes libres dépend de trois fois rien, quand l'alcool ouvre des voix qui se taisaient jusque là, quand le pourquoi ne sait plus comment faire pour dire quand et où éclairer de sa luminescence ceux qui le mérite? "Entre le réel et moi, il y a moi, et ma déformation personnelle des fantômes de la réalité".


Oeuvres, Antonin Artaud, Collection Quarto, Gallimard, 2005.

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