27/08/2008
De la toîlette des grands fauves.
Par nature l’homme est un animal propre et raffiné mais toi, dès l’enfance, tu as pris le mauvais pli de ne pas te laver tous les jours. Cela te plait même de te sentir un peu sale. Et si j’emploie le verbe « sentir » ce n’est pas au figuré : il est futile de nier que notre corps pue à ses heures, que sa véritable odeur n’est pas celle du savon. Tout le monde fiente, et les rois, et les philosophes, et les dames aussi (Montaigne). Il en va de même de la toilette, à une différence près, c’est que sur ce point beaucoup se négligent. Si tu apprécies modérément les immersions, tu n’en prolonges pas pour autant la cohabitation entre la pestilence qui croît au fil des heures et l’odorat sensible dont la nature t’a gratifié. Plus ou moins tôt, selon la saison ou les efforts physiques accomplis, arrive le moment où, séance tenante, tu ressens le besoin impérieux de laver les écuries à grandes eaux. Bien que de cette pénible attente naisse la subtile délectation de pouvoir donner un peu de tendresse à ton enveloppe charnelle, tu estimes salubre de te baigner à intervalles réguliers. Avec quelle frénésie redécouvres-tu alors que tu es au monde, doté d’un corps bien vivant et capable de séduire. Aux orties les miasmes nauséabonds, oubliée l’humiliation des ongles sales, derrière toi la trahison des cheveux gras. Lavage, rinçage, décrassage, la toilette efface les taches et redonne du lustre aux chairs. Pour obtenir le meilleur résultat il te faut respecter un enchaînement immuable des ablutions : l’eau et le savon de Marseille pour le cou, les aisselles, les fesses et le sexe, le shampoing à la pomme verte pour les cheveux. Et, enfin, apporter la dernière touche avec une bonne friction à l’eau de Cologne aux essences fraîches [verveine, citron vert, thym, romarin et vétiver].
14:01 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, philosophie, poésie, journal intime, vive la vie, spiritualité




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