30/07/2008

D'une vie à deux par trop commune.

cabu-barbu.jpgLa procréation insistante, ce bas instinct qui devrait être inscrit dans les seuls gênes des apprentis-sorciers, indignes successeurs des docteurs Frankestein et Mabuse, quelle tromperie pour celui qui ne voit pas plus loin que le bout de sa libido.

Si l’on considère que la nature a associé la notion de plaisir à l’acte reproductif (imaginons une photocopieuse) pour le rendre plus attrayant en flattant nos inclinations les plus veules, il s’agit bel et bien d’un coup monté, d’un traquenard, d’une fin de non recevoir pour ovaires en mal de pantoufle.

Il est vain de penser que notre existence puisse être prolongée par procuration à travers celle de clones plus ou moins bien réussis. Nous ne pouvons pas nier que la nature ait gravé dans nos gênes l’impérieuse nécessité de perpétuer l’espèce, fusse au prix de la liberté de disposer de soi-même due à chaque individu. Camarades de jeu, l’acte sexuel doit être vidé de sa fonction inséminatrice, il faut le pervertir pour qu’il devienne gratuit (free sex), laïque (exit la position du missionnaire) et sans obligation (on n’épouse plus).

Mince, tu viens de réinventer la révolution sexuelle des sixties, la poudre aux yeux, le sexe pour le sexe, toi qui t’es érigé en adversaire féroce de la banalité et de la répétition, toi qui préfères l’instabilité des amours épisodiques à la lassitude résignée de la couche nuptiale.

Ton propos n’a pas la vaine prétention de proscrire la reproduction du catalogue génétique humain. La conséquence en serait la disparition pure et simple de l‘homme de la surface de la terre en moins d’une génération. Non, ton ambition est plus raisonnable, tu voudrais écorner, autant que possible, le discours en vogue qui vante les mérites de la famille en instillant ce mensonge détestable dans nos esprits impressionnables : le bonheur est dans les couches-culottes.

C’est une contre-vérité à la mesure de celle qui affirme que la vie commune, le partage des actes nécessaires de la quotidienneté, constitue l’état suprême de la communion entre deux êtres. Quelle hérésie ! Si nous voulons donner une chance à la passion amoureuse, il est primordial de s’astreindre à ne vivre ensemble que lors de moments choisis (donc rares) que nous espacerons selon notre capacité propre à produire du merveilleux.

Combien de couples en sont-ils réduits à singer une tendresse tempérée pour ne pas s’avouer la fin d’une passion ? Aigris, rendus agressifs par le constat d’échec d’une vie justement trop commune, dépourvue de magie, ils divorceront pour certains, s’assassineront pour d’autres et pour la majorité continueront à se haïr en hâtant inconsciemment le terme d’une existence vouée à l’échec.

Le désir meurt à une vitesse stratosphérique confronté à cette cohabitation prosaïque, subie et sans issue, que s’imposent les couples depuis des millénaires.

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